I - Le problème économique
Le Territoire de la Sarre doit à son économie une unité qui n’est pas tracée dans la
nature. Très divers, le paysage y rappelle tout à tour les différentes régions
voisines. 11 s’en distingue cependant par l’accumulation des usines dans les vallées
principales. La Sarre est une région industrielle.
Cette prospérité a pour origine la richesse du sous-sol en charbon. La question
houillère domine l’économie sarroise.
La houille fait vivre le tiers de la population du Territoire (78.000 travailleurs et
273.000 personnes en 1934).
L’exploitation des mines est favorisée par l’importance des réserves géologiques, la
facilité relative de l’exploitation, la concentration commerciale et la stabilité de la
main-d'œuvre.
L’importance des réserves géologiques tient à l’épaisseur des couches (45 mètres
au total pour les 85 veines exploitées) et à l’extension du bassin. Celui-ci déborde
en effet les limites du territoire: sur les 220.000 hectares actuellement concédés,
48.000 se trouvent en Lorraine. En profondeur, on rencontre la houille plus au sudouest
dans les vallées de la Moselle et de la Seille, ainsi qu’au nord-est en
Allemagne près de Kusel. Le Congrès géologique de Tárente a fixé l'importance
des réserves exploitables (moins de 1.500 mètres de profondeur) à 800 millions de
tonnes pour la partie Lorraine et à 9.300.000.000 tonnes pour la zone sarroise; ce
dernier chiffre est de 20 % supérieur à celui de toutes les réserves françaises.
La profondeur relativement faible de la houille (300 à 600 mètres en moyenne)
facilite l’extraction. L’épaisseur des morts-terrains, nulle au centre, augmente vers
le Nord-Est et le Sud-Ouest. Mais, à cause de la faible puissance et de l’irrégularité
des veines, le rendement du mineur sarrois, supérieur à celui du mineur français,
est inférieur à celui qu’on atteint en Westphalie.
Les mines sont exploitées en régie. Administrées depuis 1815 par la Prusse et la
Bavière, elles devinrent en 1919 la propriété de l’Etat français. Celles de Lorraine
ont été au contraire attribuées à des concessionnaires privés. L’exploitation en régie
présente l’avantage d’une certaine unité et d’une grande continuité mais elle
manque de souplesse et ne permet pas la liaison étroite avec les usines locales qui
fait la prospérité de la Ruhr.
La main-d’œuvre est homogène et stable. Fixée peu à peu dans le pays par l’administration
des mines, elle s’oppose à la masse très diverse et instable des mineurs
lorrains. Les ouvriers possèdent pour la plupart leur maison particulière et l’influence
de puissantes sociétés d’entr’aide vient consolider l’attachement de cette
main d’œuvre à son industrie.
Malgré ces conditions favorables, l’essor de la production a été plus lent que dans
les autres bassins houillers d’Allemagne. La part de la Sarre dans la production
allemande est tombée de 10,5 % en 1883 à 7,1 % en 1913. La politique d’implantation
progressive de la main-d’œuvre poursuivie par le fisc prussien et bavarois n’a
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