commande la sécurité française, mais encore parce qu’elle est la clé de voûte de ta
paix européenne.
Quels que soient, en effet, le talent et l’ingéniosité que déploieront les organisateurs
de la paix, les conditions ethniques et géopolitiques de l’Europe centrale et
orientale subsisteront. En face d’une Allemagne, même diminuée et divisée, se
trouveront toujours des peuples numériquement faibles, abritant dans leur sein des
minorités parfois importantes et portés à des rivalités auxquelles la leçon infligée à
certains d’entre eux par les événements de ces dernières années ne suffira pas à
mettre un terme. Aux aspirations unitaires d’une nation germanique qui aura connu
le creuset de régimes autoritaires successifs correspondront des tendances centrifuges
dans les Confédérations d’Etats ou les groupements politiques susceptibles
d’être constitués au centre de l’Europe. La vraie garantie du nouvel équilibre européen
et d’une paix basée sur la coexistence de nations libres ne pourra donc être
trouvée que dans la prépondérance permanente des puissances pacifiques et respectueuses
des droits de tous les peuples, qui auront maîtrisé, une fois de plus, la mégalomanie
germanique. En particulier, une France forte et à même de prendre une
part efficace aux opérations de police internationale qui devront répondre à toute
tentative de porter atteinte au nouvel ordre de choses établi apparaît comme indispensable.
[...]
La question sarroise - Nécessité d’un régime spécial.
La guerre revêt, en grande partie, l’aspect d’une gigantesque course aux armements
qui ne fait qu’accélérer, dans tous les domaines, l’effort de préparation du temps de
paix et c’est maintenant une vérité reconnue que le potentiel militaire des Etats dépend,
au premier chef, de leur potentiel industriel. Accroître le potentiel industriel
de la France, c’est donc contribuer au renforcement des puissances qui devront désormais
veiller au maintien de la paix.
Or, nous avons l’heureuse fortune d’avoir à nos portes, aux confins de notre Lorraine,
une région qui produisait, durant la guerre, 15 millions de tonnes d’une
houille nous faisant gravement défaut et plus de 2 millions de tonnes d’acier à
l’aide précisément de notre minerai de fer lorrain2. Ces sources de richesses se
trouvent sur un territoire peuplé d’Allemands il est vrai, mais exigu, qui a antérieurement
appartenu en partie à notre pays et qui a, récemment encore, vécu
pendant plus de seize ans, sous un régime international de liberté.
D’autre part, si les quelques 800.000 habitants de ce territoire sont des Allemands
tant par la race que par la langue et les mœurs, ce sont des Allemands d’une espèce
particulière dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils n’ont pas de conscience
2 Ces chiffres ont, sans aucun doute, été considérablement dépassés pendant la guerre et
peuvent l’être encore après celle-ci. [Anmerkung aus Originalquelle]
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