Full text : Sprachenpolitik in Grenzregionen

s’agit  essentiellement  de  documents  juridiques;  quant  aux  fameuses  „Homilies
d’Organyà“,“  qui  sont  le  plus  ancien  exemple  de  prose  à  caractère  littéraire,
elles  datent  du  début  du  XIIIe  siècle,  peut-être  de  la  fin  du  XIIe.  Or,  un
phénomène  assez  curieux  va  venir  compliquer  encore  cette  situation,  du  moins
pour  la  poésie.  En  effet,  il  se  trouve  qu’entre  le  XIIIe  et  le  XVe  siècle,  les
troubadours  catalans  vont  utiliser  dans  leur  poésie  une  forme  particulière  de
provençal,  qu’ils  appelleront  le  „llimosi,“  soit  le  limousin,  cependant  que  le
catalan  proprement  dit  servira  plutôt  pour  la  prose,  d’où  une  certaine  dualité
entre  la  prose,  écrite  en  catalan,  et  la  poésie,  où  l’on  préférait  le  limousin.  La
situation  sera  d’autant  plus  confuse  que  le  terme  même  de  „llimosi“  va
s’appliquer  occasionnellement  à  une  forme  de  langue  que  les  linguistes
identifient  immédiatement  comme  étant  du  catalan!
Parallèlement  à  ces  phénomènes  culturels,  qui  voient  la  naissance  d’une  très
ancienne  littérature  catalane,  l’expansion  catalane  se  fait  inexorablement  vers  le
Sud,  aux  dépens  de  l’Islam,  et  c’est  cette  reconquête  qui  va  déterminer  pour
l’essentiel  les  frontières  linguistiques.  Vers  le  début  du  XIIIe  siècle,  les  limites
actuelles  du  territoire  catalanophone  sont  déjà  atteintes,  avec  la  prise  de  Valence
et  de  Majorque,  cependant  que  la  reconquête  castillane  du  Sud  est  encore  loin
d’être  achevée.
Paradoxalement,  c’est  précisément  la  fin  de  cette  patiente  entreprise  de
reconquête  de  la  Péninsule  ibérique  (plus  que  l’émergence  de  la  dynastie  des
Trastâmaras,  d’origine  castillane)  qui,  au  XVe  siècle,  va  marquer  le  début  de  la
longue  et  désastreuse  décadence  catalane:  à  la  suite  du  mariage  de  Ferdinand
d’Aragon  et  d’Isabelle  de  Castille  en  1469  et  de  l’union,  sous  la  forme  originale
d’une  „diarchie“,  des  deux  royaumes  indépendants  de  Catalogne-Aragon  et
Castille-Léon,  la  prépondérance  de  la  Castille  et  de  sa  langue,  le  castillan,
lequel  va  finir  par  se  transformer  de  façon  significative  en  „espagnol,“  est  de
plus  en  plus  évidente.  Sur  le  plan  culturel,  ce  sera  la  magnifique  éclosion  du
„Siècle  d’Or“,  essentiellement  castillan.  Ainsi,  à  partir  du  XVIe  siècle,  le
catalan  va  parallèlement  connaître  une  décadence  qui  ne  prendra  fin  qu’au
début  du  XIXe  siècle.
De  ce  fait,  le  Moyen  Age  aura  été  pour  la  Catalogne,  unie  à  l’Aragon  depuis  le
mariage  de  Raymond  Bérenger  IV  avec  la  fille  de  Ramire  II  d’Aragon  (1150),
un  véritable  „âge  d’or“:  il  faudrait  citer  ici  une  liste  quasi  interminable  de
noms;  contentons-nous  de  rappeler  Ramon  Llull,  Amau  de  Vilanova,  Ausiàs
March,  Lluis  Vives...  Cet  âge  d’or  va  se  manifester  tant  sur  les  plans  démographique
  et  économique  que  politique  et  culturel,  ce  qui  bien  évidemment  va
profiter  à  l’extension  de  la  langue  catalane.  Celle-ci  sera  jusqu’au  début  du
XVIIe  siècle  la  langue  officielle  de  la  Couronne  aragonaise,  même  après  son
intégration  au  nouveau  Royaume  d’Espagne.

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