Full text : Sprachenpolitik in Grenzregionen

limitée  et  sans  nul  statut  socio-culturel  reconnu.  Si  de  ce  point  de  vue,  il  existe
bien  des  dialectes  catalans  répondant  à  cette  définition  (citons  en  particulier  le
baléare  ou  encore  le  roussillonnais,  qui  sans  nul  doute  figurent  parmi  les  formes
dialectales  les  plus  différenciées  du  catalan),  il  n’en  demeure  pas  moins  que  le
catalan  apparaît  bien  comme  une  véritable  langue  au  sens  fonctionnel  du  terme:
dotée  d’une  expression  littéraire  déjà  ancienne  d’une  très  grande  richesse  et
diversité,  codifiée  par  les  grammairiens,  -  le  plus  célèbre  d’entre  eux  étant  sans
conteste  Pompeu  Fabra  (1868-1949),  mais  aussi  utilisée  dans  les  circonstances
les  plus  variées,  cette  langue  s’emploie  aujourd’hui  dans  les  documents  officiels
et  administratifs  de  tous  ordres,  notamment  ceux  qui  émanent  des  autorités
catalanes;  elle  sert  aussi  à  la  diffusion  de  travaux  scientifiques  divers  et  est
reconnue  depuis  les  années  70  par  l’institution  scolaire  et  universitaire  en  tant
que  langue-objet  et  métalangage.  Ainsi,  on  voit  bien  qu’en  dépit  des  avatars  de
son  histoire  récente,  le  catalan  est  une  langue  pleinement  autonome,  à  l’instar
de  ses  soeurs  de  la  famille  romane,  plus  chanceuses  par  ailleurs.
Le  catalan  n’est  pas  non  plus  un  idiome  dont  on  pourrait  cerner  les  principaux
traits  en  se  référant  au  concept  de  sociolecte.  A  l’inverse  de  ce  qui  se  passe  pour
certaines  langues  comme  le  judéo-espagnol  par  exemple,  la  langue  catalane  est
en  effet  dotée  d’une  territorialité  propre.  Effectivement,  si  nous  nous  en  tenons
à  la  seule  synchronie,  il  est  actuellement  utilisé  dans  un  territoire  clairement
délimité  d’environ  60.000  km2,  soit  bien  davantage  que  les  30.507  km2  de  la
Belgique  (par  ailleurs  partagée  entre  trois  langues)  ou  les  43.000  km2  du
Danemark.  Cependant,  et  c’est  là  un  de  ses  aspects  les  plus  spécifiques,  ce
territoire  n’est  pas  administrativement  unitaire,  puisqu’il  se  subdivise  en  sept
zones  d’importance  et  d’extension  fort  inégales  séparées  en  partie  par  des
frontières  d’Etat  et  correspondant  par  ailleurs  à  des  situations  diverses.
Ainsi,  dans  le  cadre  de  l’Etat  espagnol,  le  catalan  est  parlé  non  seulement  dans
Factuelle  Catalogne,  c’est-à-dire  l’historique  „Principat“  des  Catalans  (1),  mais
encore  aux  Baléares  (2),  sans  oublier  la  partie  orientale  de  l’Aragon  (3),
arrachée  jadis  au  reste  du  territoire  catalan,  la  „franja  de  ponent“,  qui  va  de
Ribagorza  à  Matarrana,  et  où  la  langue  catalane  survit  dans  des  conditions
difficiles  de  trilinguisme  (castillan,  aragonais,  catalan);  à  noter  que  dans  la
région  autonome  de  Valence  (4),  la  situation  s’est  récemment  quelque  peu
compliquée  du  fait  que  pour  d’aucuns,  la  variété  de  langue  qui  y  est  parlée  ne
serait  pas  du  catalan,  mais  bien  une  langue  propre,  le  valencien  (cf.  Comité,
s.d.),  ce  qui  provoque  de  vives  polémiques  entre  „Valencianistes“  et  „Catalanistes“;
  disons  que  d’un  point  de  vue  strictement  linguistique,  le  valencien
apparaît  davantage  comme  une  variété  de  catalan,  avec  lequel  il  partage  l’essentiel
  de  son  lexique  et  de  sa  grammaire,  que  comme  une  langue  indépendante.
Quant  à  la  France,  le  catalan  y  est  encore  pour  l’essentiel  utilisé  -  le  plus
souvent  à  l’instar  d’un  vulgaire  „patois“  -  dans  le  Roussillon  (5).  Enfin,  on
trouve  également  le  catalan  dans  la  Principauté  d’Andorre  (6),  dont  il  a
toujours  été  la  langue  officielle,  ainsi  que  dans  la  ville  italienne  d’Alghero,  ou

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