Full text : Le péage lorrain de Sierck-sur-Moselle

Si  la  provenance  lorraine  de  17  charges  de  verre  peut  être  aisément  admise,  le  sens
de  47  cargaisons  de  mercerie  est  moins  évident.  À  côté  de  Trêves  et  de  Metz,  mentionnées
  respectivement  17  et  6  fois  comme  origine  des  imposés,  on  trouve  notamment
  les  noms  de  Saint-Nicolas  (-de-Port),  Pont  (vraisemblablement  Pont-à-Mousson),
  Thionville,  Cattenom,  Luxembourg,  Saint-Vith,  Coblence  et  Cologne.
Semblable  négoce  combine  aisément,  en  cours  de  route,  opérations  d’achat  et  de
vente,  véritable  travail  "à  la  cueillette".
On  terminera  cet  aperçu  forcément  incomplet  des  articles  taxés  par  l’évocation  de
marchandises  pondéreuses  et,  de  ce  fait,  traditionnellement  confiées  à  l’eau:  pierres
(27  chargements  dont  3  en  provenance  de  Ranguevaux43),  pierres  de  moulin44,
meules  à  aiguiser,  chaux45,  plomb  et  cuivre.  Enfin,  en  mai  1525,  deux  habitants
de  Merzig  déclarent  3  charrettes  de  charbon46.
L’étude  des  composantes  du  trafic  a  révélé  à  souhait  la  part  prise  par  les  Trévirois.
Celle-ci  n’est  toutefois  pas  constante  mais  s’accroît  au  fil  des  ans.  Intervenant  pour
moins  de  30  %  des  passages  jusqu’en  1535  inclus,  la  cité  archiépiscopale  frôle  les
40  %  en  1537  et  1545  et,  tout  au  moins  sur  base  des  documents  conservés,  culmine
à  45,9  %  en  1549.  En  termes  de  recette,  l’évolution  est  quelque  peu  différente:  la
barre  des  50  %  est  dépassée  une  première  fois  en  1535,  la  contribution  régresse
ensuite  de  plusieurs  points  et  il  faut  attendre  1549  pour  que  les  Trévirois  acquittent
à  nouveau  plus  de  la  moitié  des  droits  (64,5  %).  Au  cours  de  deux  exercices  (1537
et  1549),  des  habitants  de  la  place  apparaissent  plus  de  100  fois  dans  les  registres
du  péage.  La  position  politiquement  difficile  de  Metz  dans  les  années  1540  a  rendu
possible  pareille  inversion  des  rôles.
Les  céréales  occupent  de  loin  la  première  place  dans  les  opérations  tréviroises  (239
passages  totalisant  24  383  mld.).  Plus  de  6000  mld.  sont  taxés  en  1535  et  1549.  Ce
trafic  avalant  concourt  à  l’approvisionnement  urbain  mais  peut  aussi  alimenter  un
commerce  vers  les  pays  rhénans.  Les  bestiaux  (2  677  porcs,  36  chevaux,  197  bovins

43  En  1541,  des  pierres  pour  le  moulin  domanial  de  Sierck  sont  achetées  à  maistre  Clais  de  Ranckvall
(ADMM,  B  9372,  f°  11  lr).  -  Acheminement  par  eau  de  pierres  destinées  au  renforcement  des  fortifications
  de  Thionville  en  1542-46  (Stiller,  Un  siècle,  p.  100).  -  Des  pierres  remontent  également
le  cours  de  la  Moselle:  achat  en  1546  de  pierres  provenantd’Echtemach  pour  le  four  banal  de  Sierck
(B  9379,  f°  1170.
44  Les  comptes  du  domaine  de  Sierck  mentionnent  des  achats  de  pierres  de  moulin  à  Metz  en  1539
(ADMM,  B  9368,  f°  116"),  1541  (B  9372,  f°  1110,  1542  (B  9374,  f°  107)  et  1551  (B  9384,  entre
f°  138  et  139).  -  Metz  apparaît  également  comme  le  principal  centre  d’approvisionnementen  pierres
de  moulin  pour  le  domaine  de  Luxembourg  (YANTE,  Luxembourg  mosellan,  sous  presse).  -  Achats
par  des  Trévirois,  dès  la  seconde  moitié  du  XVe  siècle,  de  pierres  de  moulin  à  Metz  et  à  Pont-à-Mousson
  (MATHEUS,  Trier,  p.  46).  -  Ces  "pierres  de  Champagne"  proviennent  vraisemblablement
des  environs  de  La  Ferté-sous-Jouarre,  sur  la  Marne.  Cf.  ERPELDING,  Steine.  -  Le  transport  de
meules  de  moulin  est  attesté  sur  de  nombreux  cours  d’eau,  notamment  la  Seine  (FaVIER,  Commerce,
p.  108)  et  la  Meuse  (FANCHAMPS,  Commerce,  p.  292).
45  Au  XVIe  siècle,  nombreux  achats  trévirois  de  chaux  dans  la  vallée  mosellane  en  amont  de  la  ville,
jusqu’à  Bech  au-delà  de  Remich  (MATHEUS,  "Stadt  am  Flufl",  p.  51,  note  105;  Id.,  Trier,  p.  46).
46  1525,  94  et  95.  -  L’exploitation  de  la  houille  est  déjà  attestée  dans  la  région  sarroise  dans  la  première
moitié  du  XVe  siècle  (HERRMANN,  Saarburger  Zollregister,  p.  87).

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