Full text : Le péage lorrain de Sierck-sur-Moselle

leurs  "concurrents"34.  Tradition  industrielle  et  commerciale  oblige,  la  laine  reste
également  leur  spécialité  (53  des  78  passages)35,  tout  comme  les  peaux  (54  taxations
  sur  86)36.  On  y  ajoutera  encore  le  chanvre  (24  impositions)37,  le  papier
(16)38  et  les  draps  (8)39.
Les  productions  textiles  -  au  total  une  bonne  vingtaine  de  mentions  -  maintiennent
une  assez  faible  présence  sur  le  fleuve.
Le  bassin  sidérurgique  de  la  Fensch,  au  sud-ouest  de  Thionville,  reste  actif  malgré
les  destructions  imputables  aux  hostilités  entre  l’Empire  et  la  France40.  À  Sierck,
une  seule  des  16  taxations  de  fer  est  inscrite  au  nom  d’un  habitant  d’Hayange,  aussi
est-il  difficile  de  déterminer  la  part  de  la  production  régionale  dans  le  trafic.  La  présence
  de  deux  Sarrois  -  l’un  de  Wallerfangen  (Vaudrevange),  l’autre  de  Merzig  -
et  celle  d’un  individu  de  Saveme  n’éclairent  guère  le  propos.  47  mentions  de
chaudrons  et  17  de  pots  de  fer  retiennent  par  ailleurs  l’attention.  23  chargements
sont  menés  par  des  Nancéiens.  Dès  cette  époque,  la  capitale  ducale  semble  donc
spécialisée  dans  la  chaudronnerie41.  Cet  artisanat  connaîtrait  également  quelque
essor  à  Boulay  (6  taxations).  On  relève  encore  2  passages  de  pots  d’étain,  1  de  pots
de  cuivre,  30  de  pots  de  terre  -  dont  15  par  des  Messins  et  13  par  des  Trévirois  -
et  10  autres  de  poterie  de  nature  non  précisée42.

34  Nombreuses  mentions  au  XVIe  siècle  de  débarquements  à  Ehnen,  en  aval  de  Remich,  d’ardoises  achetées
  au-delà  de  Trêves  et  destinées  aux  travaux  de  la  ville  ou  du  domaine  de  Luxembourg  (YANTE,
Fonction,  p.  396).  -  Achat  thionvillois,  en  1508-09,  d’ardoises  de  la  basse  Moselle  (AGR,  CC,  reg.
2634  (1508-09),  f°  12,  v).  -  En  1538,  le  receveur  du  domaine  de  Sierck  acquitte  pour  des  ardoises
le  tonlieu  au  poste  luxembourgeois  de  Remich  (ADMM,  B  9367,  f°  107v).  -  Taxation  de  5  chargements
  d’ardoises  à  Thionville  entre  1561  et  1571  (Yante,  Réactions,  p.  206-209),  -  Impositions  au
XVIe  siècle  d’ardoises  remontant  la  Sarre  (HERRMANN,  Saarburger  Zollregister,  p.  95).
35  À  noter  encore  6  taxations  acquittées  par  des  habitants  de  Luxembourg  et  4  par  des  Trévirois.
36  Des  Trévirois  paient  18  fois  le  droit  pour  cet  article  et  des  Thionvillois,  8  fois.  MATHEUS  considère
les  cuirs  et  probablement  les  peaux  comme  des  articles  d’exportation  du  commerce  trévirois  (Trier,
p.  83).
37  43  taxations  au  total,  dont  9  acquittées  par  des  Trévirois.  -  Cette  fibre  est  vraisemblablement  cultivée
dans  la  région.  Aux  termes  d’une  charte  de  1578,  le  maître  des  hautes  œuvres  de  Luxembourg
possède  lors  de  la  foire  de  Cattenom,  début  octobre,  un  droit  de  passage  sur  les  chanvres,  lins,
quenouilles  et  fuseaux  (YANTE,  Activité,  p.  113).
38  18  taxations  au  total.  -  Moulin  à  papier  en  activité  à  Metz  au  XVI'  siècle  (SCHNEIDER,  Recherches,
p.  19;  LlBIS,  Fabrication,  p.  356-357).  Ceci  n’exclut  pas  une  commercialisation  de  produits  vosgiens
(KAMMERER-SCHWEYER,  Carrefour,  p.  90;  DUMONT,  Trafic,  p.  295  et  297-298;  et  surtout  JANOT,
Moulins).
39  16  taxations  au  total.  -  La  draperie,  branche  la  plus  florissante  de  l’industrie  messine  au  bas  moyen
âge,  perd  de  son  importance  dans  la  seconde  moitié  du  XVe  siècle  et  au  XVIe  (Schneider,  Recherches,
  p.  20-21;  LlBIS,  Fabrication,  p.  361).
40  YANTE,  Luxembourg  mosellan,  sous  presse.  -  Du  fer,  provenant  essentiellement  du  bassin  de  la
Fensch,  est  taxé  à  10  reprises  dans  le  quartier  de  Thionville  entre  1561  et  1571  (ID.,  Réactions
luxembourgeoises,  p.  207).
41  La  batterie  de  cuivre  et  de  laiton  érigée  à  Nancy  en  1599  et  dotée  de  privilèges  par  le  duc  Charles
III  (Histoire  de  Nancy,  p.  151)  s’inscrirait  donc  dans  une  tradition  industrielle.
42  Perception  à  la  foire  de  Cattenom,  en  1578,  d’un  soixantième  sur  la  vente  des  poteries  de  terre  et  de
grès  (Yante,  Activité,  p.  113).

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