Full text : Le péage lorrain de Sierck-sur-Moselle

Chapitre  7

Le  trafic  dans  les  années  1520  à  1549

Le  revenu  du  tonlieu  luxembourgeois  de  Remich  plafonne  jusqu’aux  environs  de
1550,  non  sans  accidents  dans  les  deux  dernières  décennies,  puis  s’effondre1.  Les
guerres  opposant  Charles  Quint  et  François  Ier  provoquent  passages  et  séjours  de
troupes  dans  la  région  mosellane.  En  1542,  une  armée  française  de  28  000  hommes
envahit  le  Luxembourg.  Charles  d’Orléans,  fils  de  François  Ier,  recule  toutefois
devant  le  siège  de  Thionville.  La  paix  conclue  à  Crépy-en-Laonnois  (14  septembre
1544)  n’amène  qu’une  courte  trêve.  Le  conflit  renaît  sous  Henri  II:  en  1552,
Charles  Quint  met  le  siège  et  échoue  devant  Metz  défendue  par  François  de  Guise;
la  même  année,  les  Français  enlèvent  Rodemack;  six  ans  plus  tard,  le  duc  de  Guise
s’empare  de  Thionville2.
Le  trafic  au  péage  lorrain  de  Sierck  porte  la  marque  de  cette  conjoncture  politicomilitaire.
  Avec  329  taxations,  1520  dépasse  d’une  courte  tête  l’excellent  score  de
1494  (320).  De  1524  à  1537  (5  exercices  complets),  la  barre  se  place  quelque  30
%  plus  bas:  enregistrement  de  206  à  267  impositions.  Après  la  paralysie  du  trafic
dans  les  années  1542  à  1544,  les  exercices  1545  (171  taxations),  1547  (186)  et  1549
(229)  attestent  une  assez  prompte  reprise.
Plusieurs  constatations  formulées  pour  le  début  et  la  fin  du  XVe  siècle  s’imposent
à  nouveau.  À  l’une  ou  l’autre  exception  près3,  le  trafic  ne  connaît  pas  de  véritable
mois  creux  (graphique  X).  Des  passages  records  (15  à  20  %  du  total  annuel)  s’observent
  en  début  et  en  fin  d’année  (février  1535  et  1549,  novembre  1524,  1530,
1537  et  1547).  La  deuxième  constatation  concerne  les  localités  participant  à  ce
trafic.  La  plupart  n’interviennent  qu’occasionnellement  (90  au  maximum  5  fois),  46
ne  sont  même  mentionnées  qu’à  une  seule  reprise.  Trois  villes  (Trêves,  Metz  et
Thionville)  réalisent  ensemble  57  %  des  opérations.  Le  classement  de  ces  places,
s’adjugeant  respectivement  679,  384  et  179  passages,  est  cependant  bouleversé  par
rapport  à  la  fin  du  XVe  siècle.  Loin  derrière  elles  s’inscrivent  les  noms  de  Baccarat
(95  taxations),  Langemberg  (probablement  Languimberg  à  l’ouest  de  Sarrebourg,
72  taxations),  Rettel  (64),  Sierck  (55),  Coblence  (48),  Cattenom  et  Raon  (34)4.
La  carte  de  l’origine  géographique  des  imposés  (carte  VII)  fait  apparaître  d’autres
constantes:  densité  des  points  le  long  de  la  Moselle  entre  Metz  et  Trêves  et,  dans
une  moindre  mesure,  entre  Moselle  et  Sarre,  recrutement  de  transporteurs  dans  la

'  Cf.  graphique  I  et  supra,  p.  18.
2  Pour  plus  de  détails  sur  ces  événements:  RAHLENBECK,  Metz  et  Thionville;  FELSENHART,  Invasion;
ZELLER,  Siège;  STILLER,  Un  siècle;  Atten,  Rodenmachers  letzte  Fehde.
3  1,3%  des  passages  annuels  en  janvier  1535,  2,7  %  en  août  1547  et  2,6  %  en  août  1549
4  À  propos  de  l’identification  de  Raon,  voir  supra,  p.  73.

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