Full text : Le péage lorrain de Sierck-sur-Moselle

par  des  habitants  de  Thionville  (5  fois),  Metz  (3  fois),  Uckange,  Remich  et  Sant
Barebel28.  Remontent  par  contre  le  cours  9  cargaisons  de  harengs  et  bucking29.
L’importance  prise  par  les  flottes  de  sapin  est  une  donnée  essentielle  du  trafic
mosellan  dans  le  dernier  quart  du  XVe  siècle30.  À  l’instar  d’autres  fleuves,  telle
la  Meuse31,  la  Moselle  devient  alors  une  véritable  "route  du  bois".  55  800  planches
sont  alors  dénombrées  au  large  de  Sierck.  8  passages  totalisant  10  850  planches  sont
le  fait  d’habitants  de  Baccarat  sur  la  Meurthe.  Il  semble  que  Raon,  mentionnée  à
10  reprises  dans  les  comptes  (15  400  planches),  doive  être  identifiée  à  Raon-l’Étape,
plutôt  qu’à  Raon-sur-Plaine,  Raon-lès-Leau  ou  La  Petite-Raon,  toutes  trois  sur  des
affluents  de  la  Meurthe  descendant  du  Donon,  ou  encore  qu’à  Raon-aux  Bois,  au
nord-ouest  de  Remiremont,  à  5  kilomètres  de  la  Moselle32.  En  effet,  des  travaux
récents  ont  mis  en  exergue,  spécialement  pour  l’époque  moderne  et  jusqu’à  l’extrême
  fin  du  XIXe  siècle,  la  part  importante  prise  par  les  habitants  de  Raon-l’Étape,
au  point  de  rencontre  du  massif  vosgien  et  de  la  Meurthe  lorraine,  dans  la  préparation
  des  trains  de  bois  et  leur  acheminement  par  la  voie  fluviale33.  Au  stade
actuel  de  la  recherche,  on  ne  sait  si  les  Messins  qui  interviennent  à  24  reprises  pour
un  total  de  23  550  planches,  prennent  les  flottes  en  charge  dès  le  lieu  de  jetage  ou
se  substituent  aux  Vosgiens  en  aval  de  la  cité  épiscopale34.  L’hypothèse  du  relais
pourrait  être  retenue  concernant  l’imposition  à  Sierck  de  deux  Trévirois,  un  Thionvillois
  et  un  individu  de  Bemkastel.  Au  cours  de  trois  exercices,  les  préposés
consignent  le  passage  de  plus  de  10000  planches  (maximum  de  19400  et  15,8  %
de  la  recette  en  1486).  La  plupart  des  bois  descendent  le  cours  entre  le  début  mars
et  la  fin  juin35.  L’importance  des  flottes  s’avère  fort  variable:  17  sur  un  total  de

28  Des  Thionvillois  entretiennent  vraisemblablement  des  relations  d’affaires  avec  le  Saulnois:  en  1429,
deux  d’entre  eux  sont  délestés  de  leur  sel  par  un  Messin;  en  1487,  d’autres  sont  retenus  à  Metz
ensemble  leurs  cherrettes,  chevaux  et  sel  (Yante,  Commerce,  p.  26).  -  Sur  cette  composante  du
commerce  messin:  SCHNEIDER,  Ville,  p.  174  et  219-221.  -  L’importance  du  sel  de  Lorraine  sur  le
marché  trévirois  reste  à  étudier  (MATHEUS,  Trier,  p.  42,  note  54).
29  L’importance  croissante  de  ce  commerce  sur  la  Moselle  amène  les  Messins  à  constituer,  en  1485,
une  corporation  des  marchands  de  harengs  (Schneider,  Recherches,  p.  17).
30  II  convient  de  distinguer  le  flottage  du  bois  de  chauffage,  lancé  "à  bûches  perdues",  de  celui  du  bois
de  charpente  et  de  construction.  Pour  ce  dernier,  les  billes  ou  planches  sont  attachées  en  voiles,  c’està-dire
  formées  en  trains  que  l’on  dirige  à  la  gaffe  (BAUMONT,  Industrie,  p.  52).
31  Le  flottage  des  bois  sur  la  Meuse  et  ses  affluents  a  été  étudié  par  FANCHAMPS,  Transport;  Id.,
Commerce,  p.  292-293  et  tableaux  statistiques  en  annexe.  Voir  aussi  Bruwier,  Note.
Qu’il  s’agisse  de  bois  de  chauffage  ou  de  construction,  le  flottage  est  attesté  notamment  sur  le  Rhône
et  l’Isère  savoyards  (Duparc,  Péage,  p.  154  et  156),  sur  l’Yonne  et  ses  affluents  (DEVÈZE,  Vie,  t.
П,  p.  34-39),  sur  la  Sarre  (HERRMANN,  Saarburger  Zollregister,  p.  81  et  106),  occasionnellement
en  Roussillon  (GIGOT,  Transport).
32  On  notera  toutefois  qu’en  1486  Nicolay  de  Remiremont  est  taxé  pour  1  700  planches  {I486,  79).
33  M.  SCHNEIDER,  Raon-l’Étape,  spécialement  p.  76-80;  GUATELLI,  Raon-I’Étape.  Le  flottage  du  bois
et  les  "oualous";  Yante,  Bois  vosgiens,  notamment  p.  186  et  189-190.
34  À  partir  du  milieu  du  XV'  siècle,  MATHEUS  a  relevé  plusieurs  achats  de  planches  par  la  municipalité
tréviroise  à  Metz  ou  auprès  de  marchands  messins  (Trier,  p.  45).  Un  droit  sur  les  trains  de  bois  est
levé  à  Metz  à  partir  de  1489  (COLIN,  Finances,  p.  53).  Les  premiers  passages  ne  sont  évoqués  par
les  chroniques  locales  qu’en  1498  (Huguenin,  Chroniques,  p.  627;  DE  Chanteau,  Essai,  p.  35-36).
35  Le  nombre  annuel  de  flottes  est  toutefois  insuffisant  pour  que  l’on  puisse  véritablement  dégager  un
mouvement  saisonnier.

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