Souligné à plusieurs reprises déjà, le rôle des Trévirois et des Messins dans le trafic
transitant par Sierck mérite d’être synthétisé. En 40 mois, les premiers interviennent
à 62 reprises53. Le nombre de taxations s’accroît d’exercice en exercice: 7 en
1424-25, 14 en 1425-26, 17 en 1426-27 et 24 en 1427-28. À la dernière date, les
Trévirois, associés parfois à d’autres transporteurs, concourent à 29,3 % des passages
et à 47,5 % de la recette totale. Les droits acquittés portent sur une large
gamme d’articles dont émergent les vins (12 impositions), les céréales et les ardoises
(11), les porcs et les pois (8), les chevaux et les tonneaux (5). Une fois sur deux
est partie prenante l’un ou l’autre membre de la famille Lusschart, dont on a déjà
évoqué le rôle à propos de la taxation de nouveaux bateaux. Ainsi qu’il ressort du
tableau VII, leurs passages s’échelonnent tout au long de l’année. D’aucuns sont
fort rapprochés (3 en avril 1425 et 3 en mai 1426); d’autres, espacés de plusieurs
mois. Ardoises, pois, céréales, vins, tonneaux vides et fromages sont le plus souvent
mentionnés (tableau VI), sans que l’on puisse pour autant parler de spécialisation.
Il en va autrement à propos des Messins taxés à 30 reprises, soit 3 fois sur 5, pour
des porcs. Le total des têtes atteint le millier en 1426-27. Exception faite des chevaux
(7 impositions) et des pois (3), aucun autre article n’apparaît plus d’une fois.
La part messine dans le trafic sierckois culmine en 1425-26 avec 26 taxations, soit
26,8 % du total des passages. En 1427-28, on ne relève plus que 7 impositions correspondant
à 8,5 % du total des passages et 4,5 % de la recette54.
Avec respectivement 8 et 5 taxations au cours de ces 4 exercices, les Thionvillois
et les Sierckois font piètre figure. Quelques individus hissent par contre Cattenom
à une honorable position et, on l’a vu, se spécialisent dans le transport de guède (16
des 33 taxations). Dès le XIVe siècle, cette localité tranche par son chiffre de population
sur les villages essentiellement agricoles de la prévôté de Thionville et atteste
une relative aisance due à l’activité viticole, spécialement au hameau voisin de Sentzich,
et au dynamisme commercial de ses habitants. En 1440, en période d’hostilités
entre Metz et Luxembourg, des bourgeois de Thionville et de Cattenom servent
d’intermédiaires à ceux de Luxembourg pour l’achat dans la cité épiscopale d’importantes
quantités de vin et d’autres marchandises. La foire locale, bien vivante en
1469, restera longtemps un important rendez-vous commercial55.
De l’examen des comptes de 1424 à 1428, on retiendra, outre la faible densité du
trafic à cette époque et le rôle des Trévirois et des Messins dans celui-ci, le
recrutement régional de nombreux transporteurs (vallée de la Moselle entre Thionville
et Sierck, localités au sud-sud-ouest de cette ville), une présence modeste de
53 Les bateliers trévirois sont constitués en métier depuis 1389 (Matheus, "Stadt am Fluß", p. 48-49;
Laufner, 2 000 Jahre, p. 96). - Des traités conclus avec le Luxembourg dès le milieu du Xllf siècle
et avec la Lorraine en 1364, régulièrement renouvelés, facilitent aux Trévirois les rapports avec les
régions en amont de la ville. Cf. Laufner, Triers Bündnis- und Schirmverträge.
54 Une présence messine est attestée au marché de Trêves en 1435-36 (ID., Handelsbereich, p. 196).
55 Yante, Activité, p. 110-111.
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