Full text : Le péage lorrain de Sierck-sur-Moselle

Les  écarts  sont  omniprésents  et  nettement  accusés  entre  les  taux  pratiqués  de  1424
à  1486  (tableau  V)  et  les  droits  tarifés  en  1494.  Dans  la  dernière  décennie  du  siècle,
la  fiscalité  s’accroît  de  quelque  50  %  pour  les  céréales,  le  vin,  les  cabus,  les  chevaux,
  les  porcs,  les  moutons  et  les  ardoises15.  Parmi  les  articles  les  plus  fréquemment
  déclarés,  seules  les  planches  bénéficieraient  d’un  statu  quo16.  Un  nouveau
tarif  est  assurément  entré  en  vigueur  entre  1486  et  1494.
Rien  de  semblable  n’a  lieu  postérieurement  à  1530  même  si,  les  céréales  exceptées,
les  principaux  articles  souffrent  d’un  léger  alourdissement  de  la  fiscalité  réelle.
Compte  tenu  de  l’évolution  présentement  dégagée,  les  revenus  monétaires  du  péage
sierckois  (graphique  III)  ne  peuvent  servir  d’indice  conjoncturel  du  trafic.  Ils  gardent
  toute  valeur  dans  une  perspective  de  rendement  financier  du  droit.

4. Identité  et  origine  géographique  des  imposés
Les  imposés  figurant  dans  les  comptes  et  le  toponyme  suivant  généralement  leur
nom  soulèvent  plusieurs  questions.
Les  péagers  mentionnent-ils  en  leurs  registres  le  propriétaire  -  marchand  ou  non  -
d’un  chargement  ou  le  transporteur?  On  ne  peut,  semble-t-il,  tirer  argument  de
rarissimes  indications  de  passages  pour  compte  de  tiers17.  Tant  sur  voie  fluviale
que  terrestre,  le  départ  marchand-transporteur  et  même  producteur-marchand-transporteur
  s’avère  des  plus  délicats,  ces  catégories  s’interpénétrant  fort  souvent.  Des
spécialistes  autonomes  du  roulage  et  de  la  batellerie  acheminent  à  l’occasion,  pour
leurs  besoins  ou  à  des  fins  commerciales,  des  marchandises  leur  appartenant.  On
ne  peut  donc  trancher  même  quand  la  qualité  de  batelier  ou  de  charretier  est  explicitement
  reconnue  à  celui  qui  acquitte  le  droit.  Par  ailleurs,  des  marchands,  propriétaires
  de  leur  embarcation  ou  de  leur  véhicule,  acceptent  ou  recherchent  éventuellement
  un  complément  de  cargaison  ou  un  fret  de  retour.  Agriculteurs,  viticulteurs,
maraîchers  et  artisans  peuvent  aussi  conduire  leur  propre  production;  tout  comme
de  simples  particuliers,  opérer  un  transport  purement  occasionnel.  Il  faudrait  bien
sûr  connaître  le  coût  des  véhicules  et  spécialement  des  bateaux  -  assurément  fort
variable  selon  le  tonnage  -  pour  déterminer  si  pareil  investissement  est  à  la  portée
d’un  plus  ou  moins  grand  nombre  de  personnes18.  Les  possibilités  de  location  de¬15

  II  en  va  de  même  pour  les  bœufs  si  l’on  prend  en  considération  le  taux  moyen  d’imposition  et  non
le  montant  tarifé.
16  L’évolution  se  dégage  moins  nettement  pour  les  harengs  et  la  laine.
17  1425-26,  48  et  92;  1426-27,  66;  1427-28,  53,  72  et  82.
'*  Association  fréquente  de  deux  ou  davantage  de  marchands  parisiens  pour  l’achat  d’une  embarcation
(FOURQUIN,  Batellerie,  p.  720-721).  -  Comparant  avec  le  coût  d’un  navire  maritime,  Racine  estime
que  la  possession  d’un  bateau  sur  le  Pô  ne  requiert  pas  un  capital  considérable:  l’équivalent  d’un
demi-hectare  de  terre  pour  un  petit  bâtiment  au  début  du  XIVe  siècle  (Aperçu,  p.  266).

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