Full text : Le péage lorrain de Sierck-sur-Moselle

Sur  la  Moselle,  le  ressort  de  perception  est  fort  restreint,  environ  une  demi-lieue
selon  un  rapport  de  deux  commissaires  de  la  Chambre  des  Comptes  de  Bruxelles
en  15464.  Vers  l’aval,  une  borne  près  d’Apach  appelée  Daechenstein  pourrait  en
marquer  la  limite5.
Le  péage  à  Sierck  même  atteint  plusieurs  courants  commerciaux:  des  transports  fluviaux
  vers  l’amont  ou  l’aval,  un  trafic  terrestre  empruntant  les  routes  de  la  vallée
et  un  autre  d’orientation  ouest-est  (ou  vice  versa)  traversant  la  Moselle  à  Sierck  ou
à  proximité  plus  ou  moins  immédiate.  Le  laconisme  des  comptes  interdit  toute  estimation
  des  parts  respectives  de  ces  différents  courants.  Compte  tenu  du  recrutement
géographique  des  imposés  -  principalement  dans  la  vallée  mosellane  -,  de  la  nature
des  articles  taxés  et  d’informations  extérieures  à  la  documentation  sierckoise,  il
semble  toutefois  raisonnable  d’estimer  que  la  majorité  des  droits  sont  acquittés  pour
un  trafic  par  eau.

2. Tarif  et  exemptions
Le  tarif  du  péage  de  Sierck  figure  en  tête  des  comptes  de  1494  à  15306  et  stipule
les  droits  exigés  pour  une  vingtaine  d’articles  pouvant  être  regroupés  en  trois  catégories:
  produits  agricoles  et  alimentaires,  bestiaux,  matières  premières  et  matériaux
de  construction  (tableau  I).  Aux  droits  du  prince  exprimés  en  numéraire  s’ajoutent,
au  profit  du  préposé,  un  prélèvement  de  2  planches  par  100  planches7 8  ainsi  qu’un
droit  non  précisé  par  bateau  de  cabus.  Quelques  taux  évoluent  au  cours  de  ce  tiers
de  siècle:  la  taxation  du  maldre  de  grain  passe  de  13Vi  d.  en  1520  à  WA  d.  en
1524,  tandis  que  l’on  exige  WA  d.  par  bœuf  en  1494  et  llA  d.  seulement  en
1520*.
Pour  ces  exercices,  on  aura  l’occasion  de  confronter  la  norme  aux  faits.  L’examen
des  comptes  permettra  également  de  déterminer  les  taux  moyens  pratiqués  pour  les
principaux  articles  avant  1494  et  après  15309.

4  ANLux,  A.XV.  Domaines,  n°  3:  Rapport  des  commissaires  Odot  Viron  et  Jehan  van  den  Dycke,
conseillers  et  maîtres  des  comptes  à  Bruxelles,  en  mission  dans  le  Luxembourg  en  1546,  f°  19  r;
autre  exemplaire:  AGR,  CC,  reg.  726.
5  Aux  dires  d’échevins  locaux,  le  tonlieu  de  Remich  est  dû,  en  1537,  entre  Wormeldange  et  une  borne
près  d’Apach  appelée  Daechenstein  (Erfamisz  durch  Herren  Johan  von  Nancey,  p.  326).
6  Tarif  en  vigueur  en  1559:  ADM,  J  123/Collection  [Emmery-jFinot,  copie  de  1771.
7  Notant  la  présence  de  redevances  en  numéraire  dans  les  tarifs  médiévaux  les  plus  anciens  et  celle
de  prélèvements  en  nature  jusque  dans  les  plus  récents,  Despy  convie  à  la  prudence  dans  l’interprétation
  de  ce  type  de  données  (Tarifs,  p.  46,  note  2).  -  Dans  le  bassin  de  la  Meuse  moyenne,
FANCHAMPS  constate  quant  à  elle  la  coexistence  dans  un  même  tarif  de  taxes  en  nature  et  en  espèces
pour  des  denrées  différentes  ou  pour  le  même  produit  (Étude,  p.  256).  -  Autres  exemples  de  prélèvements
  en  nature  en  Anjou  (Bienvenu,  Recherches,  p.  440),  sur  le  Rhin  (Jappe  Alberts,  Rheinzoll
  Lxrbith,  p.  68),  sur  le  Rhône  (DENEL,  Navigation,  p.  288)  et  sur  la  Sarre  (HERRMANN,
Saarburger  Zollregister,  p.  117).
8  Quelques  variations  peu  importantes  du  taux  -  pour  le  vin  en  1524  et  pour  les  brebis  en  1530  -
pourraient  résulter  d’erreurs  de  transcription.
9  Cf.  infra,  p,  39-44.

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