Fréquenté au XIVe siècle par des Italiens, l’itinéraire sarrois serait également
emprunté au milieu du XVe par des Français, des Anglais, des Flamands, des Brabançons,
des habitants d’autres régions des Pays-Bas, des Bourguignons, des Genevois,
des marchands et des voituriers de l’Oberland. Un concours de circonstances,
où interviennent notamment la fin de la guerre de Cent Ans et des guerres bourguignonnes,
le développement du brigandage dans les pays de la Sarre et les basses
Vosges, la régression des exportations de laines anglaises et l’essor des transports
maritimes, provoque à la fin du XVe siècle et au XVIe une désaffection de la transversale
Luxembourg-Strasbourg43. Sans pour autant bouder complètement ces
régions, les Italiens s’y font plus rares44 et, si ce n’est lors d’entraves au trafic le
long des itinéraires rhénans, la route "lombardo-flamande" ne sert plus guère qu’à
des échanges régionaux entre l’Alsace et les Pays-Bas45.
Le passage de cette importante voie „commerciale à Sierck même ou à proximité
immédiate a dû contribuer à la prospérité locale. Une table de prêt lombarde y est
installée en 131646, indice de valeur toute relative car ces financiers opéraient parfois
en milieu strictement rural. Des maisons construites devant le rempart auraient
été englobées à la fin du XIVe siècle dans une deuxième enceinte47. La mention
en 1398 du viel marché suggère qu’un nouvel espace, ne déclassant pas pour autant
l’initial, est réservé aux transactions commerciales48. Les témoignages du dynamisme
sierckois au XVe siècle ne sont pas légion. Le compte du tonlieu de marché
de Trêves, de 1435-1436, consigne onze impositions au nom d’habitants de la place.
Celle-ci n’est devancée que par Luxembourg (13 mentions) et Saint-Vith (12). Le
document tait malheureusement l’éventail des articles taxés. En termes de recettes,
Sierck occupe, avec 20 lb. 19 s., la dixième place parmi les localités présentes dans
la cité archiépiscopale49. Tant dans les années 1424 à 1428 que dans le dernier
quart du siècle, les Sierckois sont virtuellement absents des registres du péage
local50, mais il n’est pas exclu qu’ils bénéficient de plus ou moins larges exemptions51.
On ignore tout de la vitalité de la draperie locale, sinon que le receveur
afferme en 1478 le moulin à foulon princier et le revenu afférent au scellage des
43 ZELLER, Ancienne voie, p. 294-298; DEROISY, Routes, p. 50 et 55-58.
44 Mention de quelques-uns dans le Luxembourg en 1526 (PETIT, Fiscalité, p. 220-221).
45 En juin 1543, alors que la route par Cologne est bloquée à cause des hostilités entre Charles Quint
et François Ier, la firme anversoise van der Molen achemine par le Luxembourg des sayes
d’Hondschoote à destination de l’Italie (EDLER, Commerce, p. 266; voir aussi BRULEZ, Exportation,
p. 463 et 469). Encore faudrait-il savoir si ces chargements empruntaient l’itinéraire sarrois. BRULEZ
fait passer par Luxembourg, Thionville, Nancy, Épinal et le col de Bussang une des routes menant,
par la Lorraine, d’Anvers à Bâle (Routes, p. 139).
46 SCHNEIDER, Lombards, p. 76-77.
47 FLORANGE, Sierck, p. 409.
48 BNP, ms. français 4885, p. 10327 (= Inventaire Dufoumy, layette Sierck I, n° 29).
49 Laufner, Handelsbereich, p. 196-197. - Pour la datation du compte (1435-36 et non 1413), voir
MATHEUS, Trier, p. 6, note 29.
50 Cf. infra, p. 164, tableau XXXIX.
51 Cf. infra, p. 30.
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