Full text : Le péage lorrain de Sierck-sur-Moselle

Chapitre  2

Sierck.  Le  château  et  la  ville1

La  voie  romaine  qui  reliait  Metz  à  Trêves  par  la  rive  droite  de  la  Moselle,  s’écartait
très  nettement  de  la  vallée  et,  après  le  passage  de  la  Canner,  suivait  la  ligne  de
crête  séparant  les  bassins  hydrographiques  de  la  Moselle  et  de  la  Sarre2.  Dans  l’état
actuel  des  travaux,  l’occupation  romaine  du  site  de  Sierck,  à  7  kilomètres  à  l’ouest
de  la  chaussée,  n’est  nullement  établie3.  L’intérêt  stratégique  de  ce  promontoire
dominant  le  confluent  du  ruisseau  de  Montenach  dans  la  Moselle  n’échappe  pas  à
l’époque  carolingienne.  Quand  le  nom  de  Sierck  (Sericum)  apparaît  pour  la  première
  fois  dans  les  textes,  vers  900,  il  est  celui  d’un  château  cédé  par  Louis  IV  l’Enfant
  à  l’archevêque  Radbod  de  Trêves4.
Le  bien  aurait-il  été  ultérieurement  cédé  en  fief  par  les  métropolitains5?  En  1036,
Adalbéron  de  Luxembourg,  prévôt  de  Saint-Paulin  de  Trêves  et  candidat  malchanceux
  au  siège  archiépiscopal,  s’intitule  dans  son  testament  seigneur  de  Roussy,
Sierck,  Saarburg  et  Bemkastel.  La  critique  décèle  dans  l’acte  un  faux  de  la  fin  du
XIIIe  siècle  mais  tente  d’en  accréditer  le  contenu6.  Sierck  passe  ensuite  dans  le
patrimoine  de  la  Maison  de  Haute-Lorraine,  peut-être  grâce  au  mariage  d’Éva,  sœur
d’Adalbéron,  avec  Gérard  d’Alsace,  marquis  de  Lorraine7.  En  1067,  ce  prince
délivre  in  castello  Sirke  un  diplôme  au  bénéfice  de  l’abbaye  d’Echtemach8.  Son  fils

1  En  l’absence  d’ouvrage  de  référence,  ce  chapitre  constitue  une  esquisse  provisoire  sur  Sierck  au
moyen  âge.  Mention  de  travaux  anciens,  imprimés  ou  manuscrits,  dans  DlCOP,  Au  sujet  de  l’origine
du  nom  de  la  ville  de  Sierck.
2  Poncelet,  Grandes  voies,  p.  38-39;  Jolin,  Passage,  p.  91-93.
3  TOUSSAINT,  Répertoire  archéologique,  p.  225;  LUTZ,  Moselle  gallo-romaine,  p.  288.
4  Gesta  Treverorum,  p.  168.  -  On  ne  sait  quel  crédit  accorder  à  la  donation  (non  datée)  qu’un
archevêque  de  Trêves  aurait  faite  du  château  de  Sierck  adulatione  damnabili  à  une  reine  (cuidam
reginae)  à  l’occasion  de  ses  noces  (Ib.,  p.  163).  Sur  la  rédaction  des  Gesta  Treverorum  et  leur  valeur
historique,  voir  Thomas,  Studien.
5  Hypothèse  formulée  par  Ewig,  Trier,  p.  224.
6  UQB,  t.  I,  n°  249.  À  propos  du  crédit  à  accorder  à  ce  testament,  outre  la  discussion  par  Wampach
(avec  références  aux  travaux  antérieurs),  on  se  reportera  à  Renn,  Das  erste  Luxemburger  Grafenhaus,
  p.  97,  et  HEYEN,  Adalbero,  p.  15.  -  Autre  testament  de  1037:  UQB,  t.  I,  n°  251.
Sur  Adalbéron,  sa  candidature  au  siège  archiépiscopal  de  Trêves  et  ses  démêlés  avec  l’empereur
Henri  II,  voir  notamment  VANNÉRUS,  Sigefroid,  col.  409;  RENN,  Das  erste  Luxemburger  Grafenhaus,
  p.  91-99;  VANNÉRUS,  Première  dynastie,  p.  816-817;  HEYEN,  Adalbero,  p.  9-19;  PARISSE,
Généalogie,  p.  27.
Adalbéron  n’apparaît  en  qualité  de  seigneur  de  Sierck  que  dans  son  testament,  alors  que  plusieurs
sources  littéraires  lui  reconnaissent  la  propriété  des  châteaux  de  Saarburg,  Bemkastel  et  Roussy:  De
calamitate  abbatiae  sancti  Martini  Treverensis,  p.  739  et,  dérivant  de  cet  écrit,  Gesta  Treverorum,
p.  171;  Vita  Meinwerci  episcopi  Patherbrunnensis,  p.  135.  D’aucuns  se  sont  même  basés  sur  le
testament  d’Adalbéron  pour  attribuer  la  possession  de  Sierck  au  comte  Sigefroid,  fondateur  de
Luxembourg  (GOEDERT,  Formation,  p.  35),  mais  on  a  fait  aujourd’hui  justice  de  cette  affirmation
(Margue,  Biens,  p.  302).
7  RENN,  Das  erste  Luxemburger  Grafenhaus,  p.  97;  VANNÉRUS,  Première  dynastie,  p.  817.
s  Wampach,  Geschichte,  t.  1/2,  n°  194.

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