Full text : Le péage lorrain de Sierck-sur-Moselle

sions  des  bâtiments  échappent  complètement44.  Il  serait  hasardeux  de  proposer  des
fourchettes  sur  base  des  quantités  déclarées  car  on  ignore  toujours  si  l’embarcation
est  optimalement  utilisée  et  surtout  si  l’on  n’a  pas  à  faire  -  on  y  reviendra45  -  à  des
flottilles  ou  trains  de  bateaux  menés  par  un  même  individif6.
Deux  cas  de  prise  et  rançonnement  d’un  batelier  messin  près  de  Thionville,  en
1486,  avec  cargaison  et  chevaux  de  halage47,  confirment  le  recours  à  une  technique
  de  traction  attestée  dans  la  région  dès  le  Bas-Empire48.  On  ne  sait  par  contre
si  le  halage  était  exclusivement  chevalin49,  s’il  se  pratiquait  uniquement  à  la
remontée  et  si  certaines  embarcations  étaient  munies  d’une  voile.

4. Conjoncture  du  trafic  mosellan  aux  XVe  et  XVIe  siècles
À  partir  de  la  mise  en  place  de  l’administration  bourguignonne  fin  1443,  les  receveurs
  princiers  consignent  chaque  année  au  compte  du  domaine  de  Luxembourg  les
revenus  des  tonlieux  de  Remich  et  de  Grevenmacher.  Ces  droits  sont  normalement
affermés  pour  trois  ans.  La  perception  directe  n’intervient  qu’en  l’absence  de  soumissionnaire
  ou  d’offre  jugée  suffisante  ainsi  qu’en  cas  de  renonciation  du  fermier.
Cette  belle  série  permet  de  suivre,  présentement  jusqu’à  la  fin  du  XVF  siècle,
l’évolution  du  trafic  fluvial  (graphique  I).  La  pratique  de  l’affermage,  la  durée  des

44  À  titre  indicatif,  voir  supra,  notes  39  et  42,  des  indications  relatives  aux  embarcations  de  la  Meuse
moyenne.  -  Sur  la  Seine,  MOLLAT  a  dénoncé  "la  médiocrité  générale  du  tonnage  des  bateaux"  à  la
fin  du  moyen  âge.  Si  certains  peuvent  porter  jusqu’à  200  tonneaux  de  vin,  la  plupart  ont  une  capacité
de  transport  réduite,  descendant  même  à  20  et  10  tonneaux  (Commerce,  p.  299).  Observation  confirmée
  par  SADOURNY  pour  la  fin  du  XIVe  siècle;  les  embarcations  les  plus  nombreuses  jaugent  alors
entre  10  et  50  tonneaux  (Transports,  p.  237-238).  Sur  base  du  compte  du  péage  de  Meulan,  Bautier
et  MOLLAT  estiment  que  la  charge  utile  est  moins  restreinte  qu’on  ne  l’avait  jusqu’alors  pensé.  Plus
de  la  moitié  des  bateaux  chargés  de  grain  y  accusent  une  portée  de  l’ordre  de  55  tonnes-poids;  la
moitié  des  embarcations  transportant  du  vin  jaugent  de  50  à  110  tonneaux  (Trafic,  p.  267-269),  À
Paris,  dans  la  première  moitié  du  XVe  siècle,  le  tonnage  est  très  variable  mais  celui  de  70  tonneaux
semble  le  plus  répandu  (FOURQUIN,  Batellerie,  p.  710-716).  -  Sur  le  Rhône,  au  XVe  siècle,  les  plus
gros  bâtiments  ne  dépassent  jamais  110  tonnes  (DENEL,  Navigation,  p.  294).  -  Quelques  indications
sur  les  embarcations  empruntant  l’Escaut  et  ses  affluents  au  XIIIe  siècle:  SIVÉRY,  Bassin  scaldien,  p.
829-831.  -  Capacités  de  bateaux  trévirois  au  milieu  du  XVIIe  siècle:  Läufer,  Sozialstruktur,  p.  161,
note  503.
45  Cf.  infra,  p.  90.
46  Des  voituriers  par  eau  disposent  d’une  véritable  flottille.  FOURQUIN  évoque  le  cas  d’un  individu
d’Auxerre  donnant  en  garde,  en  1419,  six  de  ses  bateaux  (Batellerie,  p.  717).
47  Histoire  de  Metz  par  les  religieux  bénédictins,  t.  VI,  Preuves,  p.  303;  WURTH-PAQUET,  Table
chronologique,  in:  PSHIL  35  (1881),  p.  231-232,  n°  230.
4S  Cf.  scènes  de  halage  sur  des  reliefs  funéraires  de  Neumagen  et  d’Igel,  Mention  dans  Lebecq,  "En
barque  sur  le  Rhin",  p.  53.  Voir  aussi  TOUSSAINT,  Metz,  p.  199.
Au  bas  moyen  âge  ou  au  début  de  l’époque  moderne,  le  halage  est  attesté  sur  de  nombreux  cours
d’eau,  notamment  le  Rhin  (Jappe  ALBERTS,  Rheinzoll  Lobith,  p.  54-55),  la  Sarre  (Herrmann,  Saarburger
  Zollregister,  p.  107,  note  298),  la  Meuse  (Suttor,  Navigation,  p.  109-1  lOet  112;  Id.,  Sources
  et  méthodes,  p.  15),  la  Seine  (SADOURNY,  Transports,  p.  236;  MOLLAT,  Commerce,  p.  299,  note
180;  FOURQUIN,  Batellerie,  p.  709),  le  Rhône  (ROSSIAUD,  Haleurs)  et  le  Pô  (RACINE,  Aperçu,  p.
264).
49 Le  halage  au  col  disparaît  entre  1528  et  1535  de  la  batellerie  "à  longs  jours"  rhodanienne  (ROSSIAUD,
Haleurs,  p.  296-297).

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