Full text : Le péage lorrain de Sierck-sur-Moselle

du  pays  trévirois  et  des  régions  rhénanes.  À  certains  moments,  les  transports  atteignent
  une  incontestable  ampleur:  plus  de  15  000  hl.  en  1494,  quelque  23  000  hl.  en
1535.  La  comparaison  avec  quelques  chiffres  disponibles  pour  la  Seine  et  la  Meuse
moyenne  permet  de  relativiser.  8  100  hl.  sont  imposés  à  Meulan  entre  le  5  juillet
et  le  9  octobre  1454;  près  de  100  000  à  Mantes  entre  le  15  janvier  et  le  28  octobre
1455.  La  dernière  année  s’avérerait  exceptionnelle22.  Sur  la  Meuse,  à  Vireux-Wallerand
  en  amont  de  Givet,  des  droits  sont  acquittés  pour  33  357  hl.  de  céréales  en
1464-65  et  39  877  hl.  en  1469-70.  Louis  XI  a  alors  accordé  aux  habitants  de  la
principauté  de  Liège  de  s’approvisionner  dans  le  royaume23.  Dans  l’un  et  l’autre
cas,  il  s’agit  d’un  trafic  desservant  des  régions  nettement  plus  peuplées  que  celles
en  aval  de  Sierck.  Par  ailleurs,  quand  les  souverains  français  retirent  leur  autorisation
  aux  Liégeois,  les  transports  mosans  de  grain  régressent  considérablement.
En  région  viticole,le  nombre  relativement  restreint  de  chargements  de  vin  et  les
quantités  annuellement  déclarées  (maxima  de  quelque  2  150  hl.  en  1494,  1  120  hl.
en  1520  et  1  090  hl.  en  1537)  surprennent  quelque  peu,  même  si  certains  crus,
ecclésiastiques  ou  autres,  pourraient  passer  en  franchise.  L’origine  des  produits  et
le  sens  du  trafic  échappent  également  aux  investigations.
La  spécialisation  maraîchère  de  terroirs  proches  de  Sierck  explique  les  nombreux
bateaux  de  légumes,  tout  spécialement  de  cabus,  qui  descendraient  le  fleuve.
Le  flottage  des  bois  vosgiens,  attesté  dès  1425,  marque  la  physionomie  du  cours
dans  le  dernier  quart  du  XVe  siècle.  Les  voileurs  dirigent  plusieurs  centaines,  voire
milliers  de  planches  et  se  recrutent  notamment  à  Baccarat  et  Raon-l’Étape  (?)  sur
la  Meurthe.  Les  passages  se  font  plus  nombreux  au  XVIe  siècle  et,  à  plusieurs
reprises,  totalisent  en  un  an  quelque  40000  unités.
Dans  la  large  gamme  des  articles  imposés,  on  retiendra  encore  les  ardoises  de  la
basse  Moselle,  la  laine  et  les  peaux  dont  le  négoce  s’inscrit  dans  une  longue  tradition
  commerciale  et  industrielle  messine,  les  harengs  remontant  le  cours,  les  écorces,
  le  chanvre,  la  guède  dans  les  années  1424-28,  le  papier  et  le  verre  lorrains,  les
chaudrons  et  les  pots  de  fer  en  provenance  au  XVIe  siècle  d’ateliers  nancéiens,  la
poterie  de  terre,  la  mercerie,  les  pierres  de  construction  ou  de  moulin...  En  dépit
de  la  proximité  géographique  des  bassins  sidérurgiques  de  la  Fensch  et  de  l’Orne,
les  taxations  de  fer  brut  ou  ouvré  s’avèrent  rares.  Celles  de  produits  textiles  et  de
sel  lorrain  ne  le  sont  guère  moins.
Sans  qu’il  soit  possible  d’en  chiffrer  la  proportion,  la  majorité  des  chargements  participeraient
  à  un  trafic  avalant.  Sur  la  Moselle,  comme  sur  bien  d’autres  voies
d’eau,  pas  mal  d’embarcations  monteraient  ou  remonteraient  donc  à  vide.
Exception  faite  des  bestiaux  -  mais  étaient-ils  ou  non  acheminés  par  bateau?  -,  la
liste  des  articles  taxés  se  révèle  fort  comparable  à  celles  établies  pour  d’autres  fleu¬22

  BAUTIER  et  MOLLAT,  Trafic,  p.  264.
23  Fanchamps,  Commerce,  p.  290  et  tableau  statistique  en  annexe.

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