Full text : Le péage lorrain de Sierck-sur-Moselle

et  la  nécessité  d’un  volume  d’eau  suffisant  amènent  entre  février-mars  et  juin-juillet
la  majorité  des  trains  de  planches18.

3. Objets  du  trafic
On  s’accorde  généralement  à  reconnaître  une  spécialisation  du  transport  fluvial  dans
l’acheminement  de  produits  lourds,  encombrants,  de  faible  valeur  par  unité  de
volume  et,  compte  tenu  d’une  relative  lenteur19,  peu  périssables20.  Le  bon  marché
de  l’eau  est  perçu  comme  un  atout  majeur21.
Dans  un  essai  de  synthèse  sur  la  nature  des  chargements  imposés  à  Sierck,  force
est  de  garder  à  l’esprit  que  la  totalité  des  articles  ne  sont  pas  acheminés  par  voie
d’eau  même  si  l’on  a  des  raisons  de  croire  que  les  bateliers  et  les  flotteurs  réalisent
la  majorité  des  opérations.
Au  XVe  siècle,  les  taxations  de  bestiaux  sont  de  loin  les  plus  nombreuses.  L’élevage
lorrain  alimenterait  alors  d’importantes  exportations  de  porcs  vers  Trêves,  la  vallée
de  la  basse  Moselle  et  celle  du  Rhin.  Près  de  11  000  têtes  sont  imposées  à  Sierck
en  1426,  plus  de  8  300  soixante  ans  plus  tard.  Les  effectifs  sont  cependant  fort
variables  d’exercice  en  exercice.  À  l’automne,  la  glandée  dans  les  massifs  de  l’Eifel
et  du  Hunsrück  donnerait  à  ces  animaux  un  complément  de  poids  avant  l’abattage.
Des  troupeaux  forts  de  plusieurs  centaines  de  têtes  et  menés  par  de  grands  marchands
  ou  leurs  préposés  voisinent  avec  d’autres  de  quelques  dizaines  d’unités.  Ce
trafic  a  perdu  toute  ampleur  dans  la  première  moitié  du  XVIe  siècle.  À  aucun
moment,  celui  des  bovins,  ovins  et  caprins  ne  s’affirme  la  grande  affaire.  488  chevaux
  passent  en  1520  et  387  en  1530,  époque  où  se  révèlent  particulièrement  actifs
dans  ce  négoce  des  habitants  de  Langemberg,  probablement  Languimberg  à  l’ouest
de  Sarrebourg.
Les  céréales  interviennent  à  plusieurs  reprises,  au  XVe  siècle,  pour  une  part  importante
  dans  la  recette  totale  (42,8  %  en  1427-28,  45,6  %  en  1484  et  74,5  %  en
1494),  mais  ce  n’est  qu’entre  1520  et  1549  que  cet  article  s’arroge,  en  nombre  de
passages,  la  première  place  dans  les  registres  du  péage.  La  Lorraine,  le  Pays  messin
  et  le  Luxembourg  mosellan  concourent  à  combler  le  traditionnel  déficit  céréalier

'*  Sur  la  Meuse  moyenne,  la  plupart  des  trains  de  bois  descendent  également  au  printemps  ou  en  été
(FANCHAMPS,  Commerce,  p.  292),
19  Sur  les  cours  d’eau  artésiens,  au  XVe  siècle,  DERVILLE  propose  une  vitesse  de  7,5  à  8  kilomètres
par  jour  à  la  remontée  et  probablement  du  double  à  la  descente  (Première  révolution,  p.  198).  -  À
la  même  époque,  la  vitesse  de  remontée  journalière  varie  sur  le  Rhône,  entre  Pont-Saint-Esprit  et
Valence,  entre  6  et  11  kilomètres  (ROSSIAUD,  Haleurs,  p.  302,  note  38).
20  HEERS,  Rivalité,  p.  58;  KELLENBENZ,  Landverkehr,  p.  69-70;  BOYER,  Roads,  p.  78;  Bautier,
Circulation  fluviale,  p.  33.
21  À  la  fin  du  XVe  siècle,  rapport  de  1  à  4  ou  5  entre  le  coût  du  transport  par  eau  et  de  celui  par  terre
dans  la  région  de  Saint-Omer  et,  compte  tenu  de  l’existence  de  chaussées  pavées  et  de  la  médiocrité
des  canaux,  peut-être  de  1  à  2  seulement  aux  environs  de  Lille  (Derville,  Première  révolution,  p.
198).  -  DUBOIS  a  calculé  que,  quand  la  rivière  double  l’itinéraire  routier,  le  transport  par  bateau
revient  7  fois  moins  cher  (Techniques,  p.  81).

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