Full text : Le péage lorrain de Sierck-sur-Moselle

Conclusions

Afin  de  conférer  îeur  véritable  portée  aux  résultats  de  la  présente  analyse,  force  est
de  rappeler  les  limites  inhérentes  à  l’état  présent  de  la  documentation  et  à  la  nature
de  la  source  mise  en  œuvre.
Dix-neuf  exercices  comptables  complets  et  deux  fragmentaires  ne  peuvent  donner
qu’une  vision  tronquée  du  trafic  terrestre  et  fluvial  taxé  à  Sierck  entre  1424  et  1549.
Les  lacunes  chronologiques  sont  importantes:  aucun  registre  n’est  conservé  pour  les
années  1429  à  1473  et  1495  à  1519.  On  ignore  quasi  tout  de  l’existence  d’exemptions
  et  de  leur  étendue.  Les  préposés  taisent  généralement  la  provenance  et  la  destination
  des  chargements  ainsi  que,  quatre  fois  sur  cinq,  le  moyen  de  transport.  La
part  des  échanges  commerciaux  animant  l’axe  mosellan  et  celle  des  convois  franchissant
  le  fleuve  échappent  aux  investigations.  Enfin,  quelques  incertitudes  planent
quant  à  l’identité  des  imposés  -  transporteurs  ou  marchands?  -  et,  dans  une  certaine
mesure,  quant  à  leur  origine  géographique.
Présentées  si  possible  dans  une  perspective  comparative,  les  conclusions  concerneront
  successivement  la  conjoncture  des  échanges,  l’intensité  et  le  rythme  saisonnier
du  trafic,  les  objets  et  les  agents  de  celui-ci.

1.  Conjoncture  des  échanges
Si  les  années  1424  à  1428  correspondent  à  une  conjoncture  politiquement  et  économiquement
  difficile  -  299  taxations  seulement  à  Sierck  en  l’espace  de  40  mois  -,  la
seconde  moitié  du  XVe  siècle  et  les  premières  décennies  du  XVIe  sont  perçues  dans
de  nombreux  travaux  comme  un  temps  d’accélération  de  l’économie  lorraine  et,
plus  largement,  ouest-européenne1.
Entre  Metz  et  Trêves,  les  guerres  bourguignonnes  et  la  mort  de  Charles  le  Téméraire
  devant  Nancy  (1477)  perturbent  quelque  temps  les  relations  commerciales2.
La  reprise  est  effective  dans  les  années  1480,  l’activité  s’amplifie  à  la  fin  du  siècle
et  reste  soutenue  dans  le  premier  quart  du  XVIe  (320  impositions  à  Sierck  en  1494,
329  en  1520).  De  récurrentes  hostilités  entre  l’Empire  et  la  France  ralentissent  ensuite
  le  rythme  des  échanges.  La  série  sierckoise  s’interrompt  trois  ans  avant  le  siège
  de  Metz  par  Charles  Quint.  Le  retournement  conjoncturel  patent  en  Lorraine
centrale  et  méridionale  aux  alentours  de  15603  se  situe  donc  hors  du  champ
chronologique  mais,  sur  base  des  revenus  du  péage  luxembourgeois  de  Remich,
cette  césure  n’apparaît  pas  dans  le  trafic  mosellan.  Au  contraire,  la  courbe  se

1  Coornaert,  Commerce,  p.  107;  Kammerer,  Carrefour,  p.  94.
Dubois  a  toutefois  établi  qu’il  n’y  a  pas  de  rupture  dans  la  vie  économique  des  pays  bourguignons
en  1477  ou  à  cause  de  1477,  mais  "une  secousse,  inégalement  ressentie"  (1477:  une  rupture,  p.  171).
3  CABOURD1N,  Terre  et  hommes,  t.  I,  p.  88-89;  KAMMERER-SCHWEYER,  Lorraine,  p.  21  et  191.

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