Full text: Lotharingia

les familles du comte palatin Godefroid, celle des Ardenne-Verdun, celle des Ardenne-Bar 
et peut-être aussi celle des Ardenne-Luxembourg leur étaient apparentées et faisaient partie 
de leur système lignager. Leur fidélité à l'égard de la famille impériale ne se démentit 
d'ailleurs pas, ce qui les empêcha de mener leur propre jeu comme le faisaient les grands 
lignages de Francie occidentale. En d'autres termes, les Ottoniens utilisaient leur parenté 
cognatique pour mieux tenir la Lotharingie. 
Plus à l'Ouest, du côté de Cambrai ou de la Frise occidentale, l'attraction flamande jouait à 
plein. Baudoin II avait marié une de ses filles à Isaac qui devint comte de Cambrai en 896 
à la suite du frère de Baudoin, Raoul. Tout en participant à la politique lotharingienne, Isaac 
resta fidèle au comte de Flandre dans l'entourage duquel on le vit fréquemment. Arnoul 1er 
maria sa fille Liutgarde au comte Wicman du FHamaland qui fut aussi comte de Gand jus¬ 
qu'en 964. Arnoul, fils de Liutgarde et de Wicman, fut comte du Hamaland et de Gand. 
Hildegarde, une autre fille d'Arnoul, épousa le comte Thierri de Westfrise. Leur fils Arnoul 
fut comte de Westfrise, puis comte de Gand à partir de 988. Tout en ayant de fortes attaches 
lotharingiennes, ces familles servaient aussi la politique flamande. 
Mais le principal frein à la constitution des grands lignages vint sans doute du système poli¬ 
tique ottonien et du poids des fonctions épiscopales dans cette région. La constitution d'un 
lignage était en effet liée à une organisation hiérarchique de la parenté et à l'établissement 
d'une véritable conscience dynastique, autour d'un honor familial transmis en ligne directe. 
Dans un système lignager, les fonctions épiscopales et abbatiales qu'une famille parvenait à 
contrôler venaient renforcer la puissance du lignage, elles n'étaient pas le pivot autour 
duquel s'organisait le lignage.80 Or en Lotharingie, le poids de ces fonctions fut tel qu'il 
contrecarra l'organisation hiérarchique de la parenté lignagère en entretenant de puissantes 
solidarités horizontales. 
Comme les autres grandes familles lotharingiennes, la famille d'Ardenne chercha à tirer le 
meilleur parti de l'Eglise impériale en orientant systématiquement plusieurs de ses fils vers 
la cléricature. Formés à Gorze ou à Metz dès leur jeunesse, les Adalbéron semblent ainsi 
avoir été prêts à saisir tous les postes qui s'offraient à eux: des neveux ou des petits-neveux 
de l'évêque de Metz Adalbéron 1er occupèrent les sièges de Metz, de Verdun, de Trêves, 
mais aussi ceux de Reims et de Laon où ils succédaient souvent à des parents. Ces formes 
de regroupement se firent particulièrement sentir à Metz: de 917 à 927, il y eut d'abord un 
certain Wigeric, probablement parent du comte du palais du même nom. A Bennon, évêque 
de 927 à 929, succéda Adalbéron Ier, fils aîné de Wigeric et de Cunégonde. A sa mort, en 
969, Brunon fit désigner son cousin Thierri,81 fils de sa tante maternelle Amalrade et d'Eber- 
hard de Franconie. Ce Thierri était donc un cousin maternel de la duchesse Béatrix.82 En 
984, le fils de Béatrix et de Frédéric Ier abandonna le siège de Verdun pour succéder à Metz 
à son cousin Thierri.83 En 1006, le siège revint à un autre cousin, également nommé Thierri, 
fils de Sigefroid de Luxembourg. L'intérêt de la famille d'Ardenne pour Metz n'était ni 
80 LE jAN, Famille et pouvoir ..., op. cit.f chapitre XI. 
81 Consobrinus et amicus de Brunon qui le fit désigner comme évêque (Vita Deoderici episcopi mettensis, 
par Sigebert de Gembloux, éd. Pertz, M.C.H. SS.IV, p. 465). 
82 Par sa mère Fladwige de Germanie. 
83 Vita Deoderici I, op. cit,, p. 468. 
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