Full text: Lotharingia

En utilisant la sémantique et en s'interrogeant, comme Michel Parisse l'a déjà fait,33 sur les 
mots qui servaient à désigner la Lotharingie et ses aristocrates on constate ainsi qu'une iden¬ 
tité lotharingienne, de nature territoriale et ethnique, n'émerge pas nettement au plan du 
langage, comme ce fut le cas en deçà de l'Escaut et au delà du Rhin. Après Verdun, il avait 
été question d'une Francia media, comme d'une Francia occidentalis et d'une Francia 
orientalis. Puis s'imposèrent des expressions comme regnum Lotharii et Lotharienses, qui 
furent couramment utilisées par les auteurs du Xe siècle, par Flodoard en particulier.34 
Or au même moment, le royaume des Francs de l'Ouest, issu du partage de 843, est défini 
par les chroniqueurs comme regnum Francorum ou Francia, non comme regnum Karoli;$e$ 
grands étaient appelés Franci ou proceres regni Francorum, le vocable Karlenses n'étant uti¬ 
lisé que par des auteurs lotharingiens35 37 qui construisaient ce vocable sur le modèle Lotha- 
Karlenses.3b De l'autre côté du Rhin, il est question de Germania 37 de Francia orientalis, de 
Fransrhenenses ou de Franci orientales, non de regnum Ludowici et de Ludowicenses. 
En fait, des blocages très profonds semblent avoir empêché les princes lotharingiens de 
prendre en main les destinées de leur royaume. Cela tient d'abord aux pressions extérieures 
qui se sont exercées sur le regnum dès le règne de Lothaire II pour tenir la capitale 
impériale, Aix-la-Chapelle. Jusqu'au dernier raid du roi Lothaire en 985, les souverains 
carolingiens de l'Ouest ne cessèrent en effet de vouloir reprendre pied dans la capitale de 
leur grand ancêtre, ainsi qu'à Metz où reposaient saint Arnoul et la reine Hildegarde, mère 
de tous les rois.38 De leur côté, les souverains germaniques voulaient tenir le symbole de la 
grandeur impériale et le tracé de la frontière les y conduisait, puisqu'Aix-la-Chapelle était 
située dans la partie germanique du regnum Lotharii et que le centre de gravité politique de 
la Lotharingie penchait en effet vers la Germanie. 
Cependant, ces pressions extérieures ne faisaient que traduire ce que ressentaient probable¬ 
ment les Lotharingiens eux-mêmes, à savoir que leur patria ne se concevait pas en dehors 
de l'imperium qu'avait voulu Charlemagne. Les expressions regnum Lotharii et Lotharienses 
révèlent en effet une grande ambiguïté, car elle définissent la Lotharingie comme le 
royaume d'un roi, Lothaire II, comme une pars imperii issue du partage de 855. Les princes 
lotharingiens semblent n'avoir pas conçu leur regnum autrement que comme une partie 
intégrante de l'imperium franc, le coeur même de cet imperium, ce qui explique finalement 
pourquoi ils n'hésitaient pas à faire appel au roi de Francie ou au roi de Germanie puisqu'à 
leurs yeux, chaque regnum constituait toujours une pars imperii. 
33 M. PARISSE, Histoire de la Lorraine. Austrasie, Lotharingie, Lorraine, Nancy 1990, p. 69-71. 
34 Regnum Lotharii: a. 921, 922, 923, p.6,7,18. Regnum lothariense: a. 922, 923, 954, p.7,12, 137. 
Lotharienses: a 920, 923, 926, 938, 939, 947, 949, p. 4, 12,17, 37,70, 72, 104,124. 
35 Gesta episcoporum Cameracensium, op.cit., p. 444, 465, 466. 
36 Ibid., p. 490. 
37 REGINON, Chronicon a. 900, op.cit., p. 609. 
38 Sur la symbolique de Metz, voir O. G. Oexle, „Die Karolinger und die Stadt des heiligen Arnulf", 
Frühmittelalterliche Studien 3 (1969), p. 70-95. 
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