Full text: Lotharingia

Les Lotharingiens ne sont donc pas parvenus à maintenir l'autonomie de leur regnum, ce 
qui pose le problème de l'identité lotharîngienne. 
Y-a-t-il une identité lotharîngienne? 
Il faut d'abord se demander si l'aristocratie des contrées situées entre le Rhin et l'Escaut 
avait réellement conscience d'appartenir à un même ensemble, d'avoir une même patria, 
pour reprendre l'expression de Karl Ferdinand Werner?26 
En effet, les réseaux de parenté se déployaient de part et d'autre des frontières. Depuis les 
temps les plus anciens, les familles du Trévirois étaient implantées dans le Verdunois aussi 
bien que dans le Rhin Moyen et celles du Vermandois l'étaient aussi dans le Cambrésis. Les 
frontières de 843 n'avaient pas rompu ces liens, comme le montrent les démêlés de l'évê¬ 
que de Cambrai avec son châtelain qui avait des amis et des parents en Vermandois,27 ou 
encore avec Otton de Vermandois.28 Otton, fils cadet du comte de Vermandois, avait reçu 
un nom ottonien qui lui venait de sa mère Gerberge, une cousine d'Otton II, ce nom l'ori¬ 
entant plutôt vers les terres impériales. Il fit en effet carrière en Lotharingie où il fonda le lig¬ 
nage des comtes de Chiny.29 La carrière des Adalbéron sur les sièges épiscopaux de Laon ou 
de Reims30 est un autre témoignage de ces réseaux de parenté et d'amitié qui se dévelop¬ 
paient de part et d'autre de la frontière occidentale. 
Il n'empêche que ces frontières existaient. Du côté occidental, les Franci ne considéraient 
pas la Lotharingie comme leur patria. Les grands de Francie occidentale abandonnèrent 
Charles le Simple à qui ils reprochaient de leur préférer Haganon, étranger à leur regnum 
puisqu'il était lotharingien. D'ailleurs, les Robertiens considéraient la Lotharingie comme un 
pays étranger et Hugues Capet renonça complètement au rêve lotharingien qui habitait 
encore les derniers rois carolingiens de l'Ouest parce que, depuis le début du Xe siècle, l'a¬ 
ristocratie n'adhérait plus à ce rêve passéiste. 
L'existence de vastes réseaux de parenté cognatique se déployant de part et d'autre des 
frontières n'avait donc pas empêché la consolidation idéologique des royaumes de Francie 
et de Germanie. 
La référence constante des chroniqueurs aux primores regni lotharingiens et aux Lotharien- 
ses traduit une identité lotharîngienne,31 puisqu'un regnum se définit d'abord par ses proce- 
res, étroitement associés par les rois carolingiens à l'exercice du ministère royal.32 Mais si 
cette identité existait bien, elle ne fut pas suffisamment forte pour que le regnum créé en 
855 devînt un véritable royaume. 
26 K.F. WERNER, „Gouverner l'empire chrétien", dans Charlemagne's Heir, éd. P. Godman et R. Collins, 
Oxford 1990, p. 25-28. Sur la naissance du sentiment national, voir B. SCHNEIDMULLER, Karolingi¬ 
sche Tradition und frühes französisches Königtum, Wiesbaden 1979. 
27 Gesta epicoporum Cameracensium, éd. Bethmann, M.G.H. SS. VII, p. 450, 467. 
28 Ibid., p. 443. 
29 Chronique ou livre de fondation du monastère de Mouzon, éd. M. Bur, Paris 1989, p. 1 20-1 26. 
30 Adalbéron de Reims, petit-fiIs de Wigeric par son père Gozlin et Adalbéron de Laon, arrière-petit-fils de 
Wigeric par son père Régnier. Voir tableau n° 8. 
31 Par exemple, REGINON a. 883, p.1 20, a. 898, p.; FLODOARD a.938, p. 72... 
32 R. LEjAN, Famille et pouvoir ..., op.cit., chapitre IV. 
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