Full text: Lotharingia

conseil et dans laquelle il fait savoir qu'il a rejoint Hugues Capet: „Nous nous sommes 
tournés vers ce qui également honnête et utile", expression dcéronienne que devait com¬ 
prendre Romulf.20 Qui est ce Romulf? Un lettré, un homme qui a une grande bibliothèque, 
un abbé qui en 991 se présente comme un défenseur d'Arnoul de Reims avec l'abbé de 
Fleury. Ce qui paraît curieux puisque dans l'ombre Gerbert menait une opposition à Arnoul 
de Reims. 
Les écoles de Lotharingie sont donc dignes des autres écoles de l'Occident et participent à 
la Renaissance du Xe siècle. On peut véritablement parler d'un humanisme Lotharingien. 
Les classiques sont redécouverts, sont proposés dans tous les programmes, sont conservés 
dans toutes les bibliothèques. En comparant le programme de l'école de Reims et celui de 
l'école d'Echternach, nous l'avons dit, il y a un rapport certain. „L'Achilléide" que Gerbert 
souhaite avoir a été transcrite à Echternach à la suite de la „Thébaïdé" de Stace. Les sources 
du Fecunda ratis d'Egbert de Liège sont des auteurs profanes; Varron, Cicéron, Sénèque, 
Boèce, Plaute, Térence, etc., etc... Les fabulistes, Phèdre ou la version latine d'Esope sont 
également connus, on trouve même un poème de quatorze vers qui raconte comment une 
petite fille a été épargnée par les louveteaux ce qui est à l'origine du"Petit Chaperon rouge." 
C'est également Phèdre qui a été à l'origine du poème Ecbasis captivi écrit sans doute à 
Saint-Evre de Toul et qui est l'ancêtre du Roman de Renard.21 
La deuxième branche du trivium, la rhétorique est également enseignée dans nos écoles. 
Hériger de Lobbes évoque „les exercices frivoles auxquels se livrent les écoliers qui font 
tour à tour parler un offenseur et un offensé". Nous avons là une des controverses qui venai¬ 
ent en droite ligne de l'école antique. Quant à la dialectique, troisième branche de ce tri¬ 
vium, elle est également honorée dans nos écoles. Les manuscrits d'Echternach contiennent 
des traités de la logica vêtus c'est-à-dire ceux d'Aristote, de Porphyre traduits par Boèce. Les 
livres de Boèce sur les „Topiques", les syllogismes catégoriques et hypothétiques sont égale¬ 
ment dans la bibliothèque d'Echternach.22 Cologne on a copié le commentaire de Macrobe 
sur le „Songe de Scipion," „l'Isagoge de Porphyre," le De musica de Boèce. Hériger de Lob¬ 
bes s'interrogeant sur le corps et le sang du Christ reprend les thèses du carolingien 
Paschase Radbert dans sa controverse avec Ratramne de Corbie et il le fait en recourant aux 
autorités des Pères mais aussi à la raison: „et nous après avoir été instruits par l'autorité de 
si grands hommes (Cyrille et Hilaire) nous méditions de résoudre par un argument dialec¬ 
tique la divergence qui apparaissait à leurs successeurs entre certains textes des livres 
saints". En effet „cet art qui divise les genres en espèces et résout les espèces en genre n'est 
pas d'invention humaine mais il a été trouvé dans la nature des choses par l'auteur de tous 
les arts qui sont vraiment des arts et par les sages". Ici Hériger cite Jean Scot Erigène.23 
Mais c'est surtout le quadrivium c'est-à-dire les sciences des mathématiques qui sont 
enseignées dans les écoles de Lorraine. Nous avons vu que les oeuvres de Gerbert étaient 
20 Gerbert, lettres 116, 167, 170. 
21 Le chanoine C. Munier de Strasbourg a entrepris l'étude de ce texte curieux, Cf l'édition et traduction 
par E.H. Zeydel, Caroline Press, 1963. 
22 BN Paris ms latins 11127, 11129, 10195, 1127, 1128. 
23 P, Riche, Gerbert... p. 139. 
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