Full text: Lotharingia

Gette et la Dyle, au nord-ouest de Huy,24 et par la cession, en 987, de l'abbaye de Gem- 
bloux située dans le même secteur.25 
L'année 987, qui fut très riche en péripétie et en rebondissements, marque un véritable 
tournant dans l'histoire de l'épiscopat de Notger. En mai-juin 987, la forteresse de Chèvre- 
mont qui dominait la vallée de la Vesdre, à quelques kilomètres de Liège, et qui était deve¬ 
nue un des hauts lieux de la résistance à l'«ordre ottonien», en même temps qu'une menace 
permanente pour la cité épiscopale, fut prise et détruite à l'issue d'un siège conduit, semble- 
t-il, par l'évêque Notger et l'impératrice Théophano en personne. Au même moment, le 3 
juillet 987, le chef du lignage des Robertiens, Hugues Capet, - soutenu d'ailleurs par les 
Ottoniens,- se fait sacrer roi de France et, du même coup, écarte définitivement les Carolin¬ 
giens du trône. Le changement de dynastie dans le royaume de l'ouest devait relâcher sen¬ 
siblement la tension politique: les Robertiens, en effet, abandonnèrent les projets chiméri¬ 
ques que les derniers Carolingiens avaient caressés, de reconquérir l'espace lotharingien. 
Débarrassé des multiples dangers qui le tourmentaient, bénéficiant, grâce à la générosité 
forcée des Ottoniens, d'une situation politique et économique considérablement renforcée, 
Notger va pouvoir se lancer dans une entreprise à la mesure de ses ambitions. Il abandonne 
son premier programme, qui consistait à se replier, ombrageusement, sur le site stratégique 
de Huy et décide de reconstruire la ville de Liège appelée désormais à rester le centre 
névralgique du diocèse.26 La cité mosane se transforma dès lors en immense chantier (voir 
tableau 13): l'évêque reconstruisit la cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert, dans la vallée, 
à son emplacement originel, il réédifia les cloîtres, le palais épiscopal, une collégiale dédiée 
à la Sainte-Croix, une autre consacrée à Saint-Denis, une troisième dédiée à Saint-Jean-I' 
Evangéliste, il acheva la collégiale Saint-Paul fondée par son prédécesseur Eracle, il fit 
approfondir un bras du fleuve afin de protéger la ville contre l'inondation et de faciliter le 
ravitaillement, enfin, il préserva les principaux éléments du site urbain contre une attaque 
ou un coup de main en les enveloppant d'un corset de fortifications.27 
Par surcroît, en multipliant le nombre des églises, l'évêque Notger, à l'instar des prélats de 
son temps, voulut faire de sa ville renaissante une urbs sancta, une nouvelle Jérusalem, une 
civitas De/.28 
Il apparaît donc que la mise en place du système de l'Eglise impériale à Liège, système qui 
consistait à transformer les évêques en princes territoriaux comparables aux «seigneurs de la 
24 L'histoire de ce comté vient d'être retracée par l'un de nos étudiants: J,-Fr. COLIN, Le Comté de Bru- 
geron. Aspects géographique et historique, mémoire de licence dactylographié, Université de Liège, 
1994. 
25 M.G.H., DD., OTTO III., n° 45, p.445-446 (27 mars 987). - Cfr KÜPPER, Aux lisières de l'Empire, p. 
102, 107 n.42.- HOFFMANN, Grafschaften in Bischofshand, (note 22) p. 415, 470. 
26 KÜPPER, ibid., p. 102-103 (avec indic. des sources). 
27 Cfr KÜPPER, Archéologie et histoire, (note 16) p. 381-389. - ID., L'évêque Notger et la fondation de 
la collégiale Sainte-Croix à Liège, dans Haut Moyen-Age. Culture, éducation et société. Etudes offertes 
à Pierre Riché, Paris, 1990, p.419-426. - M. OTTE, J.-M. LEOTARD et H. FOCK, Phases ancien¬ 
nes de la cathédrale Saint-Lambert à Liège, dans Bulletin de la Société royale «Le Vieux-Liège», n°266 
(t.XIII, n°3), juillet-septembre 1994, p. 135-139. 
28 Cfr KÜPPER, ibid., p.425 et n.26 (avec bibl.). 
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