Full text: L' esprit, acte pur

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l’esprit, acte pur 
entre la matière et la forme, quel est celui qui doit être 
considéré comme principe d’individualisation ? Car si 
la forme, comme Platon l’avait excogitée, est universelle, 
la matière l’est aussi, puisque toutes les formes les plus dis¬ 
parates qui se déploient dans la série indéfinie des indivi¬ 
dus peuvent sortir d’elle, qui n'a en elle-même aucune des 
déterminations qui se réalisent en elle par l’intervention 
des formes. Aussi une seule conclusion est-elle possible: 
la forme et la matière, prises séparément l’une de l’autre, 
n’étant passibles d’aucune détermination ou individua¬ 
lisation, l’individualité est la conséquence, le produit, 
de leur union. Mais la logique qui porte invinciblement à 
cette conclusion veut aussi que le problème subsiste, et une 
nouvelle question se pose naturellement : lequel des deux élé¬ 
ments détermine l’indéterminé et donne l’être à l’individu ? 
5. Difficulté de cette recherche selon Giordano Bruno. — 
La dualité immédiate de la matière et de la forme n’a jamais 
permis que la raison de leur union, c'est-à-dire le véritable 
principium individui, fût trouvée, et elle ne pouvait pas le 
permettre, comme le vit clairement Giordano Bruno dans la 
maturité de la Renaissance. Cependant il dut se limiter lui 
aussi à affirmer, comme Aristote l'avait fait après Platon, 
la nécessité de leur union ; car au fond il ne pouvait dis¬ 
cerner ce qu’il appelait le point d’union (1), puisqu’il restait 
dans la position de la philosophie antique et considérait 
avec elle la réalité comme le présupposé de la pensée. Or 
il est impossible dans cette position de concevoir le mouve¬ 
ment et le développement. Il est donc évident que toute 
unité ainsi conçue restera forcément abstraite, impro¬ 
ductive, et surtout incapable d’expliquer la dualité, et 
si l’on intervertit la méthode pour partir de la dualité, 
on devra forcément conclure que celle-ci est incapable de 
s’unifier, étant nécessairement une dualité éternelle parce 
qu’elle ne peut être qu’identique à elle-même. 
6. A ntinomie de l’individu. — Les philosophes du moyen 
âge ont pour point de départ la dualité et cherchent lequel 
(1) De la causa, principio e uno (1584) dans les Opéré Italiane, ed. Gentile, 
t. I,^p. 256.
	        
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