Full text: L' esprit, acte pur

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l’esprit, acte pur 
avec un peuple quelconque, et dès lors elle ne sera plus 
pour nous une langue, mais le langage en général, et nous 
la concevrons d'une manière universelle comme le moyen 
d’expression des états d’âme, comme la forme de la pensée ! 
Le langage ainsi conçu et fixé par notre intelligence se 
libère de toute contingence ou détermination particulière 
et entre dans le monde des idées, qui n’est pas seulement 
un monde qui se réalise mais est aussi le monde réalisable. 
Il est ainsi devenu un fait idéal. 
Nous avons alors d’un côté la langue articulée par les 
lèvres de l’homme-individu, dont la réalité consiste dans 
l’homme qui la parle ; de l’autre, la langue proprement 
dite, qui sans doute peut être parlée, mais qui est ce qu'elle 
est même si personne ne la parle. 
2. Forme concrète de l’Esprit. — Malgré la conclusion du 
paragraphe précédent, nous devons reconnaître que lorsque 
nous voulons nous faire une idée concrète de la langue, elle 
se présente à nous dans son développement comme 
langue résonnant sur les lèvres des hommes qui s’en 
servent, et elle ne se détache plus du sujet, elle n’est 
plus un fait spirituel qui puisse se distinguer de l'esprit 
où il s’effectue. Car l’acte spirituel que nous appelons 
langage est précisément la forme concrète de l’esprit. Et 
même lorsqu'au lieu de parler d’une langue historique, 
nous croyons parler de la langue comme d’un fait psycho¬ 
logique, ou comme d’un fait idéal, concevable hors de 
l’histoire et quasi inhérent à la nature même de l’esprit 
(qui’il faut reconstruire idéalement quand son principe a été 
compris), lorsque nous croyons nous être ainsi détachés de 
la personne individuelle qui, chaque fois qu’elle parle, 
parle une langue déterminée, notre conception du langage 
ne fait que reconstruire un moment de notre conscience, 
de notre expérience spirituelle. Si on supprime le philo¬ 
sophe qui le reconstruit, le langage cesse d'exister comme 
moment de l’esprit : il n’est que le langage conçu par 
l’homme, par l’individu qui ne peut se le représenter qu’en 
laisser le parlant et qu’autant qu’il le parle, pour trans¬ 
cendant et placé hors du temps et de l'espace qu'il soit.
	        

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