Full text: L' esprit, acte pur

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L’ESPRIT, ACTE PUR 
plus le sujet mais l’objet de ce même acte, il ne sera plus 
en un mot le penser. Or le penser, ne pouvant pas n’être 
pas le penser, se pose sans se fixer comme posé ; il se pose 
par conséquent comme acte qui ne devient jamais un jait : 
il est donc un acte pur, un acte étemel. Par l’acte même 
qui l’affirme, la nature est niée, c’est-à-dire spiritualisée, 
et ce n’est qu’à cette condition qu'elle est posée. 
7. La nature du Moi. — La nature n’est donc qu’une con¬ 
ception abstraite de la réalité, et ne peut nous offrir qu’une 
réalité abstraite. Le penser, en tant qu’actualité du Moi, 
ne peut être que mien. Lorsqu’il ne l’est pas, lorsque je ne me 
reconnais pas en lui, que je ne m’y retrouve pas et n’y vis 
pas, la réalité que devient ce penser avec lequel se rencontre 
le mien, ou plutôt avec lequel je me rencontre moi-même, 
est pour moi la nature. Mais pour pouvoir concevoir cette 
nature comme une réalité absolue, il faudrait que je puisse 
concevoir l’objet en soi, tandis que l’objet que je conçois 
n’est qu’un aspect du sujet actuel. 
Cet objet n’a pas une valeur exclusivement gnoséo- 
logique, car il est une réalité intrinsèquement métaphy¬ 
sique. Le Moi, de la dialectique duquel naît cet objet 
qui ne fait du reste qu’un avec la vie de ce même Moi, est le 
Moi absolu : c’est-à-dire la réalité que nous ne pouvons 
concevoir que comme Moi, si nous voulons conserver 
à la connaissance, par laquelle nous posons toute réalité, 
la valeur qui lui est propre et qu’à vrai dire il est impos¬ 
sible de lui dénier. Le Moi, tout en étant individuel, est 
l’individu en qualité de sujet, qui n’a rien à s’opposer mais 
trouve tout en soi, et est par conséquent le concept actuel 
et universel. Or ce Moi, qui est l’absolu lui-même, est en 
tant qu’il se pose, il est donc causa sui. S’il est dépouillé 
de sa causalité intérieure, ce Moi est annulé. Étant sa propre 
cause, il est son propre créateur et, en soi, le créateur du 
monde, du monde le plus solide qu’on puisse concevoir, 
du monde absolu. Et ce monde est l’objet dont parle notre 
doctrine, qui est partant gnoséologique en tant que méta¬ 
physique.
	        

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