Full text: L' esprit, acte pur

ÉPILOGUE ET COROLLAIRES 
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comme un simple moment du penser, moment dont la 
spiritualité se manifeste dans toute sa pureté dès qu'on 
le considère au point de vue actualiste, dans la forme con¬ 
crète dont il a été dépouillé pai l'acte du penser où il se 
pose réellement. Car il est impossible, et tout le monde 
devrait s’en être aperçu désormais, de fixer par la connais¬ 
sance dans le monde du réel et d’y surprendre, pour ainsi 
dire, une réalité naturelle, sans la poser comme représenta¬ 
tion adéquate à un moment déterminé de notre activité 
représentative, en dissolvant ainsi la solidité opaque de 
la nature dans l’intimité transparente du penser. 
6. Double aspect de la pensée. — La pensée a comme une 
double nature dont la contradiction intrinsèque n’est qu’une 
forme de l’activité inquiète de l'esprit. La pensée est en 
effet inconcevable en tant que pensée, et n’est pensée pré¬ 
cisément que parce qu’impensable. La pensée est objet, 
nature, matière, elle est tout ce qui peut être considéré 
comme limitant le penser ; et ce qui limite le penser n’est 
pas pensable. La pensée est ce qui n’est pas le penser, elle 
est le terme devant lequel nous sentons que le penser 
s’arrête, terme dont l’essence est destinée à échapper con¬ 
tinuellement à nos regards. Nous arriverons à en connaître 
les propriétés, les qualités ; mais au delà, le terme de notre 
penser continuera à nous échapper et à rester hors d’at¬ 
teinte. Telle est la condition de toute pensée, et rien n'est 
pensé qu’à cette condition, car tout ce qui est pensé rentre 
dans le domaine des choses extérieures, n’ayant par consé¬ 
quent pas de commune mesure avec l’esprit. 
Et toutefois l’impensable, du fait même qu’il est im¬ 
pensable, est pensé, car son impensabilité est un penser. 
Ce n’est pas en soi, hors de la sphère de notre penser, 
qu'il est impensable. C’est nous qui le pensons comme l’im¬ 
pensable : c’est notre penser qui le pose comme impensable, 
ou plutôt c’est le penser qui se pose en lui, mais en lui 
comme impensable. C’est en effet le propre du penser de se 
poser, d’être uniquement en se posant. Cela veut dire que 
si l’on considère le penser comme étant simplement posé, 
comme le résultat de l’acte par lequel il se pose, il ne sera
	        
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