Full text: L' esprit, acte pur

SUBJECTIVITÉ DU RÉEL 
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le concept du penser comme penser transcendantal, de l’es¬ 
prit comme autoconscience : aperception immédiate, condi¬ 
tion de toute expérience. Car si nous parlons d'esprit fini, 
de pensée actuelle, avant et après laquelle la réalité de notre 
penser fait défaut, si nous pouvons en somme concevoir 
tout notre esprit comme fini, cela tient à ce que nous consi¬ 
dérons dans ce même esprit, non l’activité transcendantale 
de l'expérience, mais tout simplement le Moi empirique 
kantien, radicalement différent du Moi transcendantal. 
Nous devons, pour bien saisir ce qui précède, établir une dis¬ 
tinction dans chaque acte de notre penser et en général 
dans notre penser : mettre d’un côté ce que nous pensons 
et de l’autre nous-mêmes, qui pensons ce que nous pensons, 
et qui ne sommes pas l’objet mais le sujet de la pensée. Déjà 
Berkeley avait attiré l’attention sur le sujet comme étant 
toujours opposé à l’objet. Seulement, son sujet n'était pas 
conçu essentiellement comme un sujet mais comme un sujet 
objectivisé, réduit par cela même à être l’un des nombreux 
objets finis, contenus de l’expérience, et plus précisément 
l’objet auquel on parvient empiriquement chaque fois 
qu’on analyse un acte spirituel et qu’on trouve, outre le 
contenu de notre conscience, la conscience elle-même 
comme forme de ce contenu. En effet, soit que nous regar¬ 
dions l’objet qui est vu par l’œil ou l'œil lui-même, nous 
avons également un objet d’expérience, d’une expérience 
que nous faisons actuellement et de laquelle le sujet, aussi 
bien que l’objet de l’expérience que nous considérons, 
sont objets. Mais nous ne pouvons voir nos propres yeux 
que dans un miroir ! 
6. Le penser en acte. — Pour saisir l’essence de l’activité 
transcendantale de l'esprit, il ne faut jamais perdre de vue 
sa qualité de spectateur et partant jamais le considérer 
extrinsèquement du dehors, jamais en faire un objet d’ex¬ 
périence, jamais faire de ce spectateur un spectacle. Car la 
conscience cesse d'être telle quand elle devient objet de 
conscience ; i’aperception immédiate n’est plus apercep¬ 
tion quand elle devient objet perçu : qu’au lieu d’être 
sujet nous sommes alors objet et il ne s’agit plus du
	        

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