Full text: L' esprit, acte pur

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l’esprit, acte pur 
histoire n’est plus que l’histoire de l’esprit dans sa forme 
concrète, d’où l’art s’élève comme la fleur du sol. C’est 
pour cela que toute histoire artistique brise forcément le 
fil de l’histoire, à chacune de ses appréciations esthétiques. 
Dès qu’elle renoue ce fil, elle cesse d'être purement une 
appréciation esthétique, et cette appréciation se confond 
dans la dialectique générale de l’histoire : affirmation de la 
valeur unique de l’esprit qui le construit. En somme, 
quand on regarde l’art, on cesse de voir l’histoire, et quand 
on regarde l’histoire, on cesse de voir l’art (i). 
7. La religion. — Il faut en dire autant de la religion, 
mais en sens inverse. Elle est certainement étrangère à la 
philosophie, comme nous avons déjà eu l’occasion de le 
montrer à propos de l’immortalité de l’âme. Mais elle 
peut aussi être définie comme l’antithèse de l’art. L’art est 
l'exaltation du sujet qui s’affranchit des liens de la réalité 
dans laquelle le sujet se pose positivement ; la religion est 
l’exaltation de l’objet, soustrait aux liens de l’esprit dans 
lequel consistent l’idéalité, la cognoscibilité et la rationalité 
de l’objet lui-même. L’objet est dans son opposition abstraite 
à la connaissance, est le réel qui exclut précisément la 
connaissance de la réalité : qui est par conséquent eo ipso 
inconnaissable et ne peut être affirmé que mystiquement, 
par l’adhésion immédiate du sujet à l’objet qui constitue 
cette position de Parménide d'où Gorgias puisa sa première 
raison de nier la possibilité de la connaissance (2). L’objet, 
en sa qualité absolue d’inconnaissable, non seulement 
n’admet pas la coexistence du sujet, mais n'admet pas 
davantage celle d’autres objets, et comme il n’est pas d’ato¬ 
misme qui ne se résolve nécessairement dans l’unité, de 
même il n’est pas de polythéisme qui ne tende à l'idée d’une 
divinité supérieure, apte à conférer à toutes les autres la 
puissance divine. Aussi le moment rigoureusement reli¬ 
gieux de toute religion ne peut-il être que le monothéisme : 
après avoir posé l’objet dans son opposition au sujet, et 
(x) Voir l’ouvrage de G. Gentile Pensiero e poesia nella Divina Commedia‘ 
publié dans le volume intitulé Frammenti di estetica, Lanciano, 1920. 
(2) Voir le Sistema di îogica, t. I, p. 151.
	        
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