Full text: L' esprit, acte pur

l’art, la religion et l’histoire 
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œuvre, et incommensurable par rapport à soi-même. Non 
seulement aucun genre littéraire, dont l’historien de la litté¬ 
rature croit retracer le développement, n’a de réalité esthé¬ 
tique, mais l’art d’un Arioste, par exemple, n’en a pas davan¬ 
tage, car cet art est dans toutes ses satires, dans ses comédies, 
dans son grand poème, dans toutes ses œuvres considérées 
une à une, un art à soi qui doit être considéré en soi. 
Nous écrivons cependant l’histoire de la littérature et des 
différents arts ; nous avons dit, dans le dernier chapitre, que 
comprendre l’Arioste est comprendre son langage, sortir 
par conséquent de son poème et de tout ce qui fait de lui 
une personnalité déterminée, remonter dans le passé et 
se plonger dans l’histoire de la culture d’où a germé toute 
la spiritualité qui résonne dans la parole du poète. Mais 
lorsque nous avons appris à connaître ce langage et sommes 
ainsi devenus capables de lire le poème, il nous faut oublier 
tout le parcours à travers lequel nous sommes arrivés 
à connaître cette même langue. Nous devons même au 
moyen de la mentalité que nous confère notre érudition 
historique, nous oublier dans le monde du poète, rêver avec 
lui, en nous écartant avec lui hors de la grande route que 
suit dans l’histoire la réalité spirituelle ; exactement comme 
lorsque nous rêvons en oubliant le monde, en brisant les 
liens qui nous attachent à la réalité des objets et forment le 
cercle dialectique de notre vie concrète et réelle. C’est ainsi 
que l’histoire d’une littérature ou de l’art d’un peuple est 
vraiment possible, et l’un de nos ouvrages historiques où 
palpite davantage la vie dialectique de l’esprit est la Storia 
délia letteratura italiana de De Sanctis. Mais lorsqu’une 
histoire littéraire n’est pas une galerie ni un musée, où 
chaque œuvre d’art, bien que mise en lumière par le voi¬ 
sinage des œuvres de la même école qui ont avec elle une 
certaine affinité et ont été faites par conséquent selon 
une technique identique, ou plutôt semblable (1), n’a de 
rapport intrinsèque avec aucune de ses compagnes, cette 
(1) La technique est un antécédent de l’art que l’art surmonte et annule ; 
comme l’a démontré B. Croce Problèmes d'esthétique, Bari, Laterza 1910, 
P. 247-255-
	        
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