Full text: L' esprit, acte pur

PRÉVISION ET LIBERTÉ 
I?I 
12. Antithèse entre la prescience et la liberté en Dieu. — 
Mais il convient de faire ici une autre observation 
qui confirme ce que nous venons de dire. Lorsque Jupiter 
choisit le meilleur des mondes possibles, celui qui occupe 
la cime de la pyramide, non seulement il lui est impossible 
de donner à Tarquin la liberté de choisir son destin, mais 
il n’a pas lui-même la liberté de choisir. Le monde qu’il 
réalise est en réalité déjà réalisé et ce n’est qu'à cette 
condition qu’il peut le connaître et le choisir. Ce monde 
existe en soi, avant que Jupiter le veuille ; et c’est le 
meilleur de ceux qui sont possibles. En le voulant, le roi 
des dieux n’ajoute rien à sa bonté. Et, en sa qualité d’absolu, 
ce monde est tout aussi incapable de tout développement 
et accroissement que le sont les idées de Platon, qui sont 
par elles-mêmes, et sont liées dialectiquement par une 
loi qui est leur être même, lorsqu’on peut les connaître 
et, au besoin, les vouloir. 
En somme, la prescience divine ne rend pas seulement 
impossible la liberté de l’esprit humain, mais elle détruit 
jusqu’à celle de l’esprit divin. De même que tout présup¬ 
posé du naturalisme immobilise sous les entraves d’une 
nature d’acier non seulement l’objet de l’esprit, mais 
encore le sujet, l’esprit lui-même, celui-ci se trouvant 
alors dans l’incapacité de se concevoir autrement que par 
rapport à son objet et par conséquent d’une façon natu¬ 
raliste. Aussi le concept de la prescience divine cons- 
titue-t-il une des caractéristiques de la conception natu¬ 
raliste de Dieu. 
13. Unité de la condition et du conditionné. — Nous pou¬ 
vons dire désormais que la réalité ne peut pas être dis¬ 
tinguée en réalité conditionnante et réalité conditionnée, à 
moins que les deux réalités vue soient, malgré tout, conçues 
comme une seule : une réalité qui, étant la négation de la 
liberté de l’esprit, est à son tour incompréhensible dès 
qu’on ne la considère pas par rapport à celle-ci. 
14. Tendance à l’unité. — La réalité ne se dédouble pas 
et se maintient dans son unité tout en se distinguant en
	        

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