Full text: L' esprit, acte pur

PRÉVISION ET LIBERTÉ 169 
Et Sextus, incapable d’un tel sacrifice, sort du temple en 
acceptant son destin. Mais le pontife Théodore veut savoir 
pourquoi Jupiter est impuissant à donner à Tarquin une 
volonté différente de celle qui lui a été attribuée comme 
roi de Rome, et le roi de l’Olympe le renvoie à Pallas. A 
Athènes, dans le temple de cette dernière, le pontife s’endort 
et rêve d'un pays inconnu où s’élève un palais immense : 
c’est le Palais des destins, que la déesse lui permet de 
visiter. Tout y est représenté, non seulement ce qui arrive 
mais encore tout ce qui est possible. On peut y voir chaque 
particulier dans le système de tous les autres particuliers 
avec lesquels il se réaliserait dans un monde à lui et tout 
spécial. « Tu sais, dit Pallas à Théodore, que lorsque les 
conditions d’un point qu’on demande ne le déterminent 
pas suffisamment et qu’il y en a une infinité, elles tombent 
toutes dans ce que les géomètres appellent « un lieu » et 
ce lieu au moins, qui souvent est une ligne, se trouve-t-il 
déterminé. Tu peux te figurer de même une série réglée de 
mondes, qui contiendront tous et seront seuls à con¬ 
tenir le cas dont il s’agit, mais en varieront les circonstances 
et les conséquences. » 
Et tous ces mondes qui existent en idée sont préci¬ 
sément représentés dans le Palais des destins, dans lequel 
chaque appartement étale un monde devant les yeux émer¬ 
veillés de Théodore. Il voit Tarquin dans chacun d’eux : 
toujours le même, mais différent par rapport au monde au¬ 
quel il appartient : et par suite à travers tous les mondes, 
un Sextus dans un nombre infini d’états. Mais de monde 
en monde, c’est-à-dire d’appartement en appartement, 
Théodore monte vers la cime d’une grande pyramide. Et 
les mondes se font de plus en plus beaux. « Il parvient en¬ 
fin au plus haut, à celui qui terminait la pyramide et qui 
était le plus beau, et la pyramide avait un commencement 
mais pas de fin, une pointe mais pas de base, car elle 
allait croissant à l’infini. » Parce que, selon l’explication 
de la déesse, « entre une infinité de mondes possibles il en 
existe un meilleur que tous les autres, sans quoi Dieu ne 
se serait pas décidé à en créer aucun ; mais il n'en est pas 
qui n'en ait au-dessous de lui de moins parfaits,
	        
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.