Title:
Lotharingia
Creator:
Herrmann, Hans-Walter
Work URN:
urn:nbn:de:bsz:291-sulbdigital-91559
PURL:
https://digital.sulb.uni-saarland.de/viewer/resolver?urn=urn:nbn:de:bsz:291-sulbdigital-92283
Régine Le Jan 
L'ARISTOCRATIE LOTHARINGIENNE: 
STRUCTURE INTERNE ET CONSCIENCE POLITIQUE 
„Alors commença pour l'héritage de Lothaire, sorti pour toujours de la famille de ce prince, 
cette existence troublée, incertaine du lendemain, qui n'a pas encore cessé aujourd'hui 
d'être la sienne. Il allait être ballotté entre les deux Etats voisins, qui, plus heureux que lui, 
devaient, non sans avoir subi de nombreuses vicissitudes, conserver leur unité et leur indé¬ 
pendance... jusqu'en 925, jusqu'au jour où le pays, cessant d'être gouverné par les descen¬ 
dants de Charlemagne, s'unit pour de longs siècles au royaume dont Louis le germanique 
avait été le premier souverain, et qui obéissait alors à Henri l'Oiseleur. Aix-laChapeile, la 
résidence du grand Charles, et l'ancienne Austrasie mérovingienne, la terre franque par 
excellence, le berceau des Carolingiens, tombaient au pouvoir d'un Saxon".1 
Au delà des connotations quelque peu nationalistes qui sont celles d'un historien du XlXe 
siècle, ces lignes de Robert Parisot posent magistralement le problème de l'échec du reg¬ 
num Lotharii en tant qu'entité indépendante. Il est clair en effet que les Lotharingiens ont 
échoué là où les Transrhénans et les Francs ont réussi, puisque le regnum Lotharii a disparu 
tandis que se constituaient pour des siècles un royaume germanique et un royaume de 
France. 
Le tournant des années 880-930 
L'Occident carolingien connut une véritable crise de civilisation à la fin du IXe et au début 
du Xe siècle, en gros des années 880 aux années 920.2 C'est alors que dans le domaine 
politique, les choses ont changé en Francie comme en Germanie, qu'à la faveur des trans¬ 
formations profondes que subissait la société aristocratique et en contrepartie de l'instabilité 
politique qui en était la conséquence, les Franci, les Transrhenenses et dans une moindre 
mesure les Bourguignons ont opéré une véritable consolidation idéologique de leurs régna 
qui allaient devenir de véritables royaumes. 
Dès la fin du IXe siècle en effet, on abandonna le principe des partages et les royaumes 
devinrent des entités préexistantes, transcendantales, indivisibles. Il ne fut plus question de 
tailler des régna pour les fils de roi, mais de donner à chaque regnum un roi qui en fût issu. 
En Francie occidentale, on voit bien l'évolution qui s'est produite en quelques décennies. 
Le dernier partage eut lieu en 879, lorsque Louis le Bègue mourut: ses fils Louis 111 et Carlo- 
1 R. PARISOT, Le royaume de Lothaire sous les Carolingiens (843-923), Paris 1898, p. 335. 
2 Sur les changements structuraux qui se sont alors produits, voir R. LE J AN, Famille et pouvoir dans le 
monde franc (Vlle-Xe siècle). Essai d'anthropologie sociale, Paris Publications de la Sorbonne 1995, en 
particulier chapitres IV et XI. 
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