Full text: Zwischen Saar und Mosel

fort: Face à l’étranger, les Allemands sont Allemands avant tout. Le plébiscite 
sarrois l’atteste une fois encore28. 
Nombreux sont les organes de presse belges qui rattachent cette fièvre nationale à 
l'iniquité du traité de Versailles et aux tares congénitales du „régime provisoire“ 
imposé au Saargebiet. E. Vandervelde résume leur point de vue, lorsqu’il 
reconnaît : Une population qui, par toutes les fibres de son cœur, se rattachait à 
l’Allemagne (. ..) en a été détachée, privée du droit de se gouverner elle-même, 
soumise d’autorité à un pouvoir extrinsèque, dont l’existence même était la 
négation de son droit de libre détermination29. A l’époque où le „Vlaamse 
Beweging“ milite avec acharnement pour le ,,los van Frankrijk“ - en clair: pour la 
fin de l’alliance militaire défensive avec la France, suspectée d’impérialisme - la 
presse flamingante et nationaliste flamande ne manque pas de mettre en exergue la 
défaite qu’aurait subie la République voisine30. La droite belgiciste estime, elle 
aussi, que Paris se voit infliger un véritable camouflet, mais pour la raison inverse : 
ce n’est pas d’un excès d’annexionnisme qu’aurait souffert la politique sarroise de 
la France, mais d’une propension fâcheuse à l’abandon et à l’abdication. . .31. 
Conclusion 
Dans son approche du plébiscite sarrois, avant comme après le scrutin, la presse 
belge appréhende les faits selon l’idéologie qui colore ses jugements. En fin de 
compte, la question posée aux Sarrois, le 13 janvier 1935, est celle que journaux et 
revues de Belgique se doivent aussi d’évoquer, vu ses implications pour le sort de 
l’Europe: l’heure du patriotisme allemand est-elle la bienvenue, après les humilia¬ 
tions engendrées par le traité de Versailles, mais aussi à une époque où le Reich est 
sous la coupe d’Adolf Hitler? Quiconque tient compte de la gamme des opinions 
exprimées sur le sujet - fussent-elles parfois simplistes - doit admettre que le 
problème n’est pas simple. . . 
Encore faut-il l’aborder en se gardant des stéréotypes nationaux32. En 1935, en 
Belgique, l’image de ,,1’occupant prussien“ de 1914-1918 n’a sans doute pas 
disparu de la mémoire individuelle et collective. En témoignent tous ces jugements 
à l’emporte-pièce assimilant la Sarre à une Allemagne mythique, telle que la 
conçoit „l’imaginaire belge“ de l’époque. L’électeur du Saargebiet hésite-t-il avant 
de voter? On y voit une lenteur d’esprit tout à fait dans le caractère germanique : 
l’Allemand est au naturel solennel, guindé, important33. A-t-il de l’admiration pour 
28 La Nation Belge, 17-1-1935, p. 1. Le quotidien nationaliste belge crie victoire après l’„aveu“ d’A. 
Balthazar: Permettez-moi de le dire avec calme et en toute sincérité: à part quelques exceptions, 
l’Allemand est avant tout un Allemand (Le Peuple, 16-1-1935, p. 3; Vooruit, 16-1-1935, p. 5). 
29 Le Peuple, 16-1-1935, p. 1. 
30 Voir par ex. De Standaard, 16-1-1935, p. 1; long Dietschland, 20-1-1935, p. 6-7, 10-11. 
31 Revue catholique des idées et des faits, 18-1-1935, p. 1. 
32 Cf. J. PlROTTE (éd.), Stéréotypes nationaux et préjugés raciaux aux XIXe et XXe siècles. Sources et 
méthodes pour une approche historique (Université de Louvain, Recueil de travaux d’histoire et de 
philologie VI-24), Louvain-la-Neuve - Louvain 1982. 
33 La Libre Belgique, 12-1-1935, p. 1. 
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