Full text: Stadtentwicklung im deutsch-französisch-luxemburgischen Grenzraum

lorsqu’il reviendra en 1948 sur les mêmes lieux après son échec sarrois,13 reflète 
cette préoccupation. 
Ce sont, à ce point, deux directions différentes à l’intérieur des stratégies modernistes 
qui apparaissent et se composent dans chaque conjoncture politique. Les expériences 
de rationalisation dimensionnelle, l’épuration de la forme architecturale et la recher¬ 
che de la répétitivité des objets rencontrés d’un côté tendent à la fois vers l’idéalisa¬ 
tion du standard prônée par Le Corbusier et vers l’ascèse pratiquée par Ludwig Mies 
van der Rohe. D’un autre côté, la perception organique du paysage, le choix raisonné 
de techniques traditionnelles conjuguées avec des techniques modernes utilisées sans 
ostentation, tendent vers le subtil jeu de contrastes propre à Alvar Aalto. 
Un autre clivage se manifeste aussi entre les tenants d’une forme purifiée, fortement 
chargée symboliquement, comme Schwarz* et ceux d’une rationalisation à visée 
scientifique comme Neufert* ou Lods*. 
La dimension régionale 
C’est, en fait, dans un espace assez particulier que s’inscrivent les expériences évo¬ 
quées ici. Elles s’appliquent à des territoires marqués depuis des siècles par l’affron¬ 
tement des cultures française et germanique et par celui d’états nationaux et régio¬ 
naux à la configuration variable, surtout en Allemagne. A partir des conquêtes de 
Louis XIV, la pression des hégémonies nationales n’étouffe pas dans ce pays l’affir¬ 
mation d’identités régionales fortes, mais entre dans un jeu complexe avec celles-ci. 
Dans la coexistence de stratégies basées sur des principes universalistes et de straté¬ 
gies visant à la révélation par les moyens d’une architecture moderne de types et de 
formes issus de la tradition locale, la question régionale ne cesse d’être présente. 
Elle opère cependant de deux façons distinctes. Les traditionnalistes s’efforcent de 
faire émerger et d’actualiser des caractères spécifiques de l’architecture régionale, 
notamment en Alsace: il suffit d’évoquer à ce propos ces deux produits du Heimat- 
schutz alsacien que sont du côté allemand Paul Schmitthenner*, et du côté français 
l’élève des Beaux-Arts Gustave StoskopP. Sur une base plus théorique, une entreprise 
similaire sera engagée par Emil Steffann* en Lorraine. 
Dans le même temps, les modernistes comme Rudolf Schwarz* ou, après 1945, 
Marcel Lods* et Georges-Henri Pingusson*, s’appuient sur d’autres portions des 
régions frontalières pour lancer des opérations parfois plus ambitieuses et plus 
radicales que celles qu’ils auraient pu promouvoir dans d’autres parties de l’Allema¬ 
gne ou de la France. De terrain de convergence, la région limite devient laboratoire 
pour l’expérimentation des nouvelles doctrines. 
Le cadre régional apparaît ainsi à la fois comme un lieu de repli traditionnaliste, et 
comme un lieu de surenchère moderniste. Dans les deux cas, il s’agit d’utiliser la 
valorisation symbolique de la région-frontière et le surinvestissement économique, 
politique et militaire qui s’y applique pour forcer la réalisation d’opérations difficile¬ 
13 Voir les commentaires de Pingusson* sur les fermes allemandes, Plan de reconstruction et 
d’aménagement de Boust, Archives du Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme, 
Paris. 
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