Full text: Stadtentwicklung im deutsch-französisch-luxemburgischen Grenzraum

"progressistes", qui parviennent aussi à trouver leur expression dans des formes 
architecturales explicitement conservatrices.2 
En fait, les politiques de la modernisation n’ont pas nécessairement impliqué la 
rénovation de la forme, et ont pu trouver leur expression dans le langage de la 
tradition, en opposition à la fois à l’historicisme éclectique et au modernisme le plus 
extrême. Les chemins de la modernité passent parallèlement par le traditionnalisme, 
par le classicisme, tout autant que par le fonctionnalisme. Le retour aux formes 
pré-industrielles, le néo-vernaculaire du Heimatschutz, les Arts and Craft, le Werkbund 
ont la même matrice issue de la modernisation, phénomène séculier embrassant le 
champ de la politique autant que celui de la culture. 
Et quand bien même nous nous crisperions sur la fiction de la montée parallèle du 
modernisme et de la modernisation, nous devrions prendre en compte les cas ex¬ 
trêmes dans lesquels les transformations sociales ne sont pas mises en oeuvre de 
façon démocratique, c’est-à-dire le cas des régimes autoritaires tel le Nazisme, qui 
s’attache, tout en se réclamant de valeurs nostalgiques, à une rationalisation forcée et 
brutale.3 
L’idée d’une mise en forme globale qui s’exprime dans les mouvements réformateurs 
depuis le début du siècle trouve un terrain fertile dans le totalitarisme politique. La 
nouvelle conjoncture laissera le champ libre aux grands plans, comme aux politiques 
régionales ou locales de règlementation de la forme au travers des Baufïbeln. 
Les interprétations hégémoniques depuis Dimitrov et jusqu’à ces dernières années, 
selon lesquelles le Nazisme était vu comme un dispositif rétrograde et opposé au 
projet de la modernisation ont été mises en cause par les recherches récentes. Une 
modernité spécifiquement nazie fait irruption dans notre champ d’observation, alors 
que le caractère antifasciste du modernisme fonctionnaliste est parfois douteux. Le 
modernisme n’est plus une exclusivité des émigrés. 
La forme la plus violente de la modernisation, vers laquelle le nazisme tend, d’ail¬ 
leurs, dès le début, n’est autre que la guerre, et beaucoup de stratégies modernistes 
s’affirment en conjonction avec les transformations violentes qu’entraînent les guerres 
et les occupations. 
L’architecture des temps de guerre. 
Walter Benjamin, touchant la limite de son propos sur "L’oeuvre d’art à l’ère de sa 
reproductibilité technique", en critiquant le discours militariste de Marinetti, affirme 
2 Voir les analyses comparatives effectuées sur cette question: Architecture et politiques 
sociales 1900-1940, Les Cahiers de la Recherche Architecturale, Paris, n° 15-17, 1er trimestre 
1985. Jean-Louis Cohen, Architektonischer Rationalismus und Modernisierung in Europa 
zwischen den Weltkriegen, in: Die Axt hat geblüht, Europäische Konflikte der 30er Jahre in 
Erinnerung an die frühe Avantgarde, Düsseldorf, Städtische Kunsthalle, 1987, pp. 68-74. 
3 Hartmut Frank (Hrsg.), Faschistische Architekturen. Planen und Bauen in Europa 1930 bis 
1945, Hamburg 1985. 
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