Full text: Lotharingia

l'amende de composition55 et ses successeurs reprirent les mêmes injonctions.56 Ces mesu¬ 
res ne furent pas sans effet, puisque durant le IXe siècle, les faides furent plus rares qu'elles 
ne l'étaient auparavant. 
Cependant, dès les années 880-890, les faides se multiplièrent, plus violentes en Lotharin¬ 
gie et dans l'espace rhénan qu'ailleurs. Le meurtre du comte Mégingaud dont j'ai parlé plus 
haut déclencha une terrible faide: en 896, le comte Albéric, meurtrier de Mégingaud, fut 
assassiné par Etienne, frère de Waîo, un parent de Mégingaud.57 En 901, Etienne fut à son 
tour tué par une flèche empoisonnée, alors qu'il se tenait devant une fenêtre.58 59 Ce qui 
distingue cette faide, comme d'ailleurs celle qui opposa au même moment les Conradins 
aux fils du duc Henri, provoquant ainsi la catastrophe des Babenberg,39 de celles qui se 
produisirent alors en Francie occidentale, c'est l'incapacité à trouver les compromis per¬ 
mettant d'arrêter l'enchaînement de la violence.60 
L'autorité royale n'était pas assez forte pour l'imposer durablement. L'empereur Arnuîf réus¬ 
sit à „réconcilier" les comtes Etienne, Odacar, Gérard et Matfrid avec son fils Zwentibold 
qui leur avait confisqué leurs honores en 897,61 mais après la mort d'ArnuIf en 900, Etienne, 
Gérard et Matfrid se rallièrent à Louis le Jeune et tuèrent Zwentibold au cours d'un combat. 
Gérard épousa alors Oda, veuve de Zwentibold,62 pour éviter la vengeance de la veuve. 
La faide déclenchée par le meurtre du comte Mégingaud fut tellement grave qu'elle provo¬ 
qua l'intervention du pape Formose auprès de l'évêque Hermann de Cologne et de l'arche¬ 
vêque Foulques de Reims,63 mais rien n'y fit. 
A l'époque carolingienne, il revenait en effet normalement aux rois, aidés des évêques, 
d'imposer le rétablissement de la paix mais la Lotharingie apparaît comme une zone de 
fracture, de dissensions, où l'instabilité politique ainsi que le manque de structuration 
interne des familles aristocratiques empêchaient d'y parvenir. Ces dissensions se faisaient 
sentir jusque dans la parenté la plus étroite, ce qui a sans doute retardé la mise en place de 
nouvelles formes de groupements de parenté. 
55 Capitulaire d'Herstai, c.22, Capitularia regum Francorum, t.l, éd. Boretius-Krause. 
56 Capitularia missorum generale, 802, c.22, M.C.G. Capit. 1,97 Capitulare de iustitiis faciendis 811-813, 
M.G.H. Capit.I, 176, Capitula legibus addenda, 818-819, c.13, M.G.H. Capit. I, 284. 
57 REGINON, a. 896, p. 607. 
58 Ibid. a. 901, p. 609. 
59 Widukind, Res gestae saxonicae I, c. 22. 
60 Sur la nécessité de compromis, voir P. FOURACRE, „Placita and the Settlement of Disputes in later 
Merovingian Francia", dans The Settlement of Disputes, p.23-43. S. D. WHITE, „Feuding and Peace- 
Making in the Touraine around the year 1100", dans Traditio 42 (1986), p. 201-204. R. LE JAN, Famille 
er pouvoir..., op. cit., chapitre III. 
61 REGINON, a. 897, p. 607. 
62 Ibid., a, 900, p. 609. 
63 Leonis pape VIII privi leg. éd. Floss, dipl. p. 133, Jassé 3496. FLODOARD, Historia ecclesiae Remensis 
IV c. 3, éd. Heller-Waitz, M.G.H. SS.XIII, p. 560. 
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