Full text: Lotharingia

et Arnulf,45 il obtint l'abbaye de Saint-Maximin de Trêves,46 ce qui causa sans doute sa 
perte. Ses adversaires n'hésitèrent pas l'assassiner dans un monastère, à Rettel, une abbaye 
située en Moselle. 
Il y a bien d'autres exemples de violences et de guerres privées: en 932, les luttes entre le 
comte Boson et l'évêque de Verdun Bernuin mirent le pays à feu et à sang.47 En 954, la 
Lotharingie fut ravagée par les attaques du duc Conrad et par les déprédations causées par 
les rivalités entre Lotharingiens...48 
Dans la société du haut Moyen Age, la violence était un phénomène normal, une forme 
exacerbée de l'inimicitia, génératrice de rupture.49 Cependant, les Lotharingiens paraissent 
avoir été particulièrement violents, ce que soulignait d'ailleurs l'auteur des Cesta de Cam¬ 
brai lorsque, relatant les rapines de Régnier et de Lambert, fils de Régnier II, il dit qu'ils ne 
faisaient que suivre l'exemple de leurs ancêtres50... 
On pourra rétorquer que cette violence n'était pas propre à la Lotharingie et que la chroni¬ 
que de Réginon de Prüm ou les annales de Llodoard sont remplies des combats qui 
opposèrent entre eux les grands de Lrancie occidentale ou ceux de Germanie et que les 
meurtres étaient fréquents. En 900, le comte de Llandre Bauduin ne fit-il pas assassiner l'ar¬ 
chevêque de Reims Loulques par un de ses sbires?51 Les domaines de l'église de Reims ne 
turent-ils pas à plusieurs reprises dévastés par les guerres privées que se livraient les princes 
pour la prise des châteaux?52 Il n'en reste pas moins qu'en Lotharingie, les contre-poids 
n'étaient pas suffisamment forts pour empêcher que les rivalités ne débouchassent sur les 
meurtres et surtout sur la faide.53 
Ici comme ailleurs, la violence portait atteinte à l'honneur du groupe, elle rompait l'équili¬ 
bre social, ce qui pouvait déclencher un mécanisme de compensation réparateur, la faide, 
qui aboutissait finalement au rétablissement de la paix.54 
On sait qu'au haut Moyen Age, le droit à la justice privée faisait partie intégrante de l'éthi¬ 
que aristocratique, ce qui posait le problème de la justice royale et plus profondément des 
relations entre le pouvoir royal et la noblesse. Soucieux d'imposer à tous la justice publi¬ 
que, Charlemagne avait donc interdit la faide dès 779, obligeant la partie lésée à accepter 
45 Mégingaud avait reconnu Arnulf dès 887. Il avait ensuite obtenu qu'il reconnût son cousin Eudes 
comme roi de Francie occidentale. 
46 SIGEHARD, Miracula sancti Maximini, c. 8, M.G.H. SS.IV, p. 231. 
47 FLODOARD, a 932, p. 54. 
48 Ibid. a. 954, p. 137. 
49 Voir LE JAN, Famille et pouvoir..., op. cit., chapitre III. 
50 Cesta episcoporum Cameracensium I, M.G.H. SS. XIII, p. 96. 
51 Annales Vedastini a. 900, éd. B. Von Simson, M.G.H. Script, rer. Germ. 12, Hanovre 1905, p. 82. 
52 FLODOARD, Historia ecclesiae Remensis IV, éd. Heller-Waitz, M.G.H. SS.XIII. 
53 LE JAN, Famille et pouvoir, op.cit., chapitre III. 
54 J. BEATTIE, article „Feud", The Dictionary of the Social Sciences, éd. J. Gould et W. L. Kolb, New 
York 1967, p. 267. 
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