Full text: Beiträge zur Geschichte der frühneuzeitlichen Garnisons- und Festungsstadt

Pierre Goubert 
Les structures fondamentales de la France de Vauban. 
Sébastien Le Prestre, sieur de Vauban, est né cinq ans avant Louis XIV, et mourut 
huit ans avant lui. La France de Vauban, c’est donc la France de Louis XIV, ou à peu 
près. Il me paraît bien difficile, en trois quarts d’heure, d’analyser de manière au 
moins convenable les caractéristiques de cinquante-cinq années d’histoire, puisque le 
Grand Siècle se réduit à un demi-siècle ; il me paraît tout à fait exclus, et indigne d’un 
historien, de donner sur cette période des appréciations personnelles et des jugements 
de valeur, en particulier d’émettre des opinions sur le Grand Roi, ses militaires, ses 
administrateurs et ses juristes, j’ai choisi de centrer le tableau, et la tentative d’expli¬ 
cation du royaume, autour de cette année 1680, celle de la fondation de cette ville ; en 
outre, je vais proposer quelques éléments d’interprétation qui proviennent de recher¬ 
ches récentes, œuvre (souvent inachevée) de jeunes historiens. 
1680, et les années voisines, sont habituellement présentées comme un moment 
d’apogée. Louis XIV a mené deux guerres, qu’il a voulues et, malgré la coalition de la 
plus grande partie de l’Europe contre lui, il vient de triompher, les traités de Nimegue 
et quelques autres à Saint-Germain et Fontainebleau datent de 1678 et 1679 ; il a 
annexé une grande province, la Franche-Comté, quelques petites villes vers le Nord, 
morceaux fort riches enlevés aux Pays-Bas espagnols ; il a réglé une fois encore les 
problèmes du Nord au profit de la Suède, pourtant vaincue par le Danemark et le 
Brandebourg. Pour renforcer ses conquêtes, il envoyait des administrateurs, des inten¬ 
dants, des ingénieurs comme Vauban ; il commençait à les élargir en opérant en pleine 
paix des « réunions », pures annexions militaires préparées par des simulacres de 
décisions juridiques prononcées par des cours fort dévouées, comme celle du Parle¬ 
ment de Metz. De telles pratiques ne sont que modérément appréciées chez les voisins 
de la France, particulièrement dans les Etats d’Allemagne ; la seule réplique sera la 
constitution d’une nouvelle coalition contre Louis XIV ; celle-ci ne se formera que très 
lentement ; en 1680 elle ne constitue qu’un projet ; réalisée, cette coalition portera de 
rudes coups au monarque français, mais ne réussira pas à l’abattre, bien au contraire. 
A l’intérieur du royaume de France, les historiens traditionnels ne voient alors que 
la tranquillité, l’obéissance, la splendeur de la Cour (et pourtant Louis XIV n’habite 
pas encore Versailles!), l’éclat des lettres et des arts. Sans doute décèle-t-on quelques 
difficultés religieuses, nées du jansénisme et du protestantisme (mais en réalité des 
agressions commises par Louis XIV contre les augustiniens et les réformés) ; on re¬ 
marque aussi que les dépenses de l’Etat dépassent de plus en plus les recettes, qu’on 
recommence à recourir à des expédients, comme les emprunts et les ventes d’offices, 
mais c’est une maladie chronique de la France d’Ancien Régime, et l’on peut se de¬ 
mander d’ailleurs s’il n’y avait pas là un procédé de financement, donc de gouverne¬ 
ment, bien plus qu’une maladie chronique. 
Malgré les quelques éléments de faiblesse, financière ou religieuse, qui peuvent 
apparaître, la France des années Quatre-Vingt fut incontestablement la première puis¬ 
sance d’Europe, et de loin. Certes, cette prééminence découle en partie de raisons tout 
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