Full text: L' esprit, acte pur

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l’esprit, acte pur 
connaît, indépendante par conséquent de la réalité de cet 
esprit, lorsqu’ils s’efforcèrent de la concevoir en évolution, 
c’est-à-dire non comme étant immédiatement et tout entière, 
mais comme s’étant formée et se formant graduellement 
selon la loi du plus fort et la sélection naturelle, indépen¬ 
damment de toute loi universelle gouvernant la nature 
en tant que processus de la réalité spirituelle. Il est per¬ 
mis de faire observer que cette sélection naturelle est 
absurde, lucus a non lucendo, car toute sélection suppose 
un choix, et tout choix un sujet qui choisit ; or ici 
personne ni rien ne choisit, la sélection résultant automa¬ 
tiquement de la défaite des plus faibles et de l'accapare¬ 
ment de leur place par les plus forts. C/est là une loi toute 
mécanique, convenant à une réalité placée au delà de 
l'esprit, isolée dans sa brutalité, et du mécanisme de la¬ 
quelle il faudra pourtant que surgisse, un jour ou l’autre, 
la plus haute espèce animale et la psyché dont la réalité, 
étant raison et volonté, s’oppose à celle de toutes les 
autres espèces animales et à toute la nature, la comprend 
et la domine. 
Or, abstraction faite de l’esprit qui n’existe pas encore, 
l’évolution est à la nature darwinienne ce que la dialec¬ 
tique est au monde platonicien des idées, parce qu’elle ne 
peut plus être un processus, mais implique un sys¬ 
tème de rapports tous établis et déjà consolidés. Si nous 
imaginons vraiment le moment où une espèce déterminée 
existe déjà tout en n'étant pas encore l’espèce supérieure 
qu’elle doit devenir selon la théorie évolutionniste, il nous 
sera aisé de discerner que le passage d’un degré à l'autre 
n’est intelligible qu’à la condition de reconstruire menta¬ 
lement la ligne de l’évolution, en partant de l’instant 
où le second degré n’était pas encore pour passer au suc¬ 
cessif où il y aura le premier et le second avec leur rapport. 
Ainsi le premier anneau s’offre à notre esprit en même 
temps que tous les autres jusqu’au dernier ; c’est-à-dire 
jusqu’à l’homme, qui n’est plus la nature, et détruit ainsi 
par sa seule intervention la possibilité de concevoir la 
nature comme une évolution. L’on ne saurait donc 
comprendre la nature ou l’histoire en mouvement si on
	        

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