Full text: L' esprit, acte pur

l’esprit comme développement 
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elle devient, tandis que dès qu’on la pense elle est ? 
Oui, tant que nous ne la concevons pas, tant que nous 
nous limitons à la sentir. Mais elle ne se meut plus et ne 
saurait se mouvoir dès que nous la pensons. Comment 
peut-on appeler y£ve<nç ce qui ne se pense pas, ce qui 
devient rigide et se pétrifie du seul fait d’être objet 
du penser ? 
Aussi Platon n’y trouve-t-il aucun élément intelligible 
en dehors des idées, qui résultent de la critique des sensa¬ 
tions et des opinions conséquentes : archétypes dont les 
images gisantes au fond de l’âme s’éveillent grâce à la 
stimulation des sensations elles-mêmes. Pourvu que l'on com¬ 
mence à voir confusément le mouvement qui agite toutes 
les choses naturelles, l’esprit passe, sans s’arrêter à cette 
première et vertigineuse intuition, à la contemplation des 
idées fixes, immuables et intelligibles, qui sont la réalité 
la plus profonde de la nature, précisément parce qu'elles 
échappent à l’agitation des apparences sensibles, et sont 
ainsi affranchies d’un caractère qui est absolument contra¬ 
dictoire à la réalité que le penser conçoit comme déjà 
réalisée. Pour Platon, il y a bien un élément matériel qui 
s’ajoute dans la nature aux pures formes idéales et en 
trouble l’immobile perfection, mais la matière est justement 
ce qui n’est jamais intelligible au penseur qui adopte 
la position de Platon qui l’a définie : non-être. Et non- 
être est tout ce pour quoi il n’y a pas de couleurs sur la 
palette de l’intelligence, car tout ce que celle-ci se représente, 
et par conséquent tout ce qui est pour elle, est idée. Au 
fait, la genèse de Platon elle-même, qu’est-elle dans son 
étemelle vérité, que peut-elle être, sinon une idée? Elle 
ne serait pas si elle n’était pas une idée. Pour être, il lui 
faut s'élever de ce bas monde où l’on naît, où l’on meurt, 
à la sublime Hyperuranie des formes éternelles. L’histoire 
de la philosophie nous enseigne en effet qu’il ne fut pas 
possible à Platon de redescendre dans le monde de la 
nature après avoir établi la transcendance des idées. 
12. Le devenir aristotélicien.—Aristote n'y redescendit 
pas davantage bien qu’il ait été appelé le philosophe du
	        
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