Full text: L' esprit, acte pur

l’esprit, acte pur 
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limitent, cela tient à ce que ces lois n’appartiennent pas 
à une réalité extérieure à la sienne. Et il ne saurait être 
conçu libre, doué d’une valeur propre, sans se considérer 
en présence d’autres esprits. Car le Moi qui, en qualité 
de sujet d’une connaissance abstraite, a besoin du non- 
moi, a besoin, en raison de sa liberté, d’un autre Moi. 
Pour satisfaire ce besoin, l’homme pense Dieu, auteur de 
la loi qui s’impose à lui et à chaque homme en particulier ; 
il s’environne de devoirs, d’autant d’esprits, d’autant de 
personnes qu’il lui faut de sujets pour les droits que ces 
devoirs supposent. C’est pour cela encore que lorsque nous 
fouillons dans notre conscience, que nous examinons la valeur 
de ce que nous faisons, de ce que nous nous disons à nous- 
même, nous avons l’impression que d’innombrables yeux 
sont ouverts pour scruter, eux aussi, en nous et nous 
juger. Nous sommes en outre contraints de concevoir de 
multiples devoirs, de multiples ayants droit, de nom¬ 
breuses personnes par la nécessaire multiplicité des choses 
dont nous avons parlé. Or, il est impossible que l’idée 
de ces devoirs, droits et personnes puisse surgir d’une 
expérience purement théorique ; car elle ne pourrait 
jamais faire concevoir qu’un monde de choses. Le fait 
est que nous ne sommes pas une pure expérience théo¬ 
rique, aussi le monde se peuple-t-il d’esprits et de per¬ 
sonnes. 
Comment maintiendrons-nous donc l’unité infinie de 
l’esprit, étant donné la nécessité où nous nous trouvons 
d’en sortir pour concevoir une multiplicité de personnes?
	        

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