Full text: L' esprit, acte pur

UNITÉ DE L’ESPRIT 
35 
Tous les actes spirituels sont donc pratiques, y compris 
ceux qui sont retenus simplement théoriques, car tous 
ont une valeur, chacun d'eux étant ou n’étant pas ce qu’il 
devrait être et étant par conséquent libre et nôtre. Et nous 
pourrons dire que tous ces actes sont spirituels, chacun 
d’eux étant gouverné par une loi qui demande aux hommes 
un compte rigoureux non seulement de ce qu’ils font, 
mais aussi de ce qu’ils disent ou pourraient dire, puisqu’ils 
le pensent. Il ne s’agit pas ici évidemment d’une loi 
comparable aux lois propres des faits naturels, ces 
dernières n’étant à vrai dire elles-mêmes que des faits, 
tandis qu’une loi de l’esprit est une idée qu’il distingue du 
fait qu’est son action, en un mot ce que l’on appelle ordi¬ 
nairement un idéal. C’est même pour cela que l’esprit 
est conçu comme distinct de la loi qui le gouverne. L’es¬ 
prit est essentiellement liberté, et précisément pour cela, 
il est en même temps loi, loi qu’il considère comme dis¬ 
tincte de lui-même et supérieure à sa propre activité. 
La loi de l'esprit est rationnelle, ajouterons-nous, et 
c’est là une nouvelle et profonde différence entre elle et 
la loi de la nature ; cette dernière étant ce qu’elle est, 
il serait vain d'en chercher le pourquoi et il faut nous bor¬ 
ner à la constater. Demanderons-nous à la nature, par 
exemple, le pourquoi d’un tremblement de terre ou d'un 
autre mal physique ? Ne le demanderons-nous pas plutôt 
à Dieu qui peut nous rendre intelligible la nature comme 
œuvre de l'esprit ou acte d’une volonté ? Au contraire, la 
loi spirituelle a toujours un pourquoi déterminé, qui parle 
à notre âme sa propre langue. Ainsi le poète qui corrige 
son travail est guidé dans ses corrections par une loi expri¬ 
mée dans le langage de son génie. Rien du reste n’est 
plus familier au philosophe que la voix qui l'avertit, à 
mesure qu’il travaille, des erreurs qu’il doit se garder 
d’écrire. De là, la nécessité pour l’éducateur ou le supé¬ 
rieur qui veulent imposer efficacement une loi, de démon¬ 
trer combien elle est raisonnable dans ses motifs et dans 
sa nature intrinsèque, et de l’adapter ainsi à la nature 
concrète de l'esprit auquel elle doit servir de règle. 
En conclusion, si l’esprit est libre malgré les lois qui le
	        

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.