Full text: L' esprit, acte pur

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l’esprit, acte pur 
comme dirait Campanella (1), est une sublime exaltation 
de l’énergie humaine en même temps qu’une purification 
de l’âme et une béatitude. Mais le mysticisme a le grave dé¬ 
faut d’effacer dans la nuit obscure de l’âme toutes les dis¬ 
tinctions, et de se noyer ainsi au sein de l'infini, où se perd 
la vision non seulement de toutes les choses finies, mais 
encore de la personnalité, en tant que personnalité concrète, 
et déterminée précisément en fonction de toutes les choses 
finies. C'est en vertu de cette tendance qu’il étouffe toute 
velléité de recherche scientifique et de savoir rationnel, 
qu’il affaiblit et finit par briser toute vigueur et toute 
activité. L’activité ne saurait en effet se déployer qu’à 
travers le -concret du fini. Car nous ne pouvons faire 
qu’une chose à la fois, comme nous ne pouvons résoudre 
qu’un problème à la fois, et vivre consiste pour l'homme à 
se limiter. Or le mysticisme ignore toute limite. 
2. Leur différence. — Mais si l’idéalisme actuel participe 
aux mérites, il échappe aux défauts du mysticisme par sa 
thèse fondamentale. L’idéalisme résout toutes les distinctions, 
mais ne les efface pas comme le mysticisme ; il affirme le fini 
tout aussi catégoriquement que l'infini, et pour lui la diffé¬ 
rence n’est pas moins établie que l’identité. Tel est le point 
essentiel de la divergence entre les deux conceptions, de sorte 
que le mysticisme peut être défini comme une doctrine 
essentiellement intellectualiste (malgré les apparences) et 
par suite antérieure idéalement au christianisme, tandis 
que l’idéalisme actuel est une doctrine essentiellement anti¬ 
intellectualiste, et peut-être même la forme la plus haute¬ 
ment développée de la philosophie chrétienne moderne. 
3. Mysticisme et intellectualisme. — Le mysticisme se 
range parmi les adversaires des théories intellectualistes 
l’on ait parcouru même superficiellement les pages précédentes de notre ouvrage, 
il ne sera pas difficile de se convaincre que cette « simplicité » n’est certainement 
pas celle que prétend assurer l’idéalisme actuel, selon lequel la diversité est pré¬ 
cisément produite par l’acte même du penser, et les distinctions illégitimes sont 
uniquement les distinctions présupposées mais non démontrées. Celles-ci ne 
dérivent pas en effet de cet acte du penser qui est la base inébranlable et seule 
possible d’une philosophie vraiment critique et réaliste, et, par suite, la base de 
toute activité efficiente dans le monde. 
(1) Philosophe italien né en 1568, mort en 1639.
	        

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