Full text: L' esprit, acte pur

CAUSALITÉ, MÉCANISME ET CONTINGENCE 151 
10. A bswdite de la causalité métaphysique. — Mais est-il 
possible de s’arrêter au concept de causalité métapla¬ 
sique, ou au concept contraire de la causalité empirique, 
après avoir exclu la possibilité de s’arrêter à un point inter¬ 
médiaire entre la causalité efficiente, chère à la méta¬ 
physique, et la causalité comme la comprend l’empi¬ 
risme, c’est-à-dire simple concomitance contingente ? 
Il est évident que le concept métaphysique de causalité, 
condition nécessaire et suffisante, est absurde. Le concept 
de condition implique en effet la dualité des termes 
condition et conditionné, et de ce chef la possibilité de con¬ 
cevoir chacun des deux termes indépendamment de l’autre. 
Or cette possibilité est anéantie par l’apriorité du rapport 
causal, qui implique l’unité et l’identité des deux termes. 
Il est donc absurde de parler de causalité au sens métaphy¬ 
sique du mot. 
11. L’atomisme, fondement de la causalité empirique. — Il 
nous reste la causalité empirique. Oublions un instant que 
toute causalité implique un rapport, comme nous l'avons 
observé, tandis que l’empirisme exclut tout rapport et va 
jusqu’au postulat d’une réalité qui est une multiplicité 
dont les éléments sont irrelatifs. Allons même jusqu’à 
admettre cette multiplicité, reconnaissons que la causalité 
y est effective, et enfin cherchons s’il est néanmoins pos¬ 
sible de maintenir, surda base de l’atomisme pur, le con¬ 
cept de causalité en tant que simple causalité empirique. 
L'atomisme s’est toujours trouvé entre deux possibilités : 
ou maintenir rigoureusement la multiplicité absolue et 
originelle des irrelatifs, en renonçant à l’explication du phé¬ 
nomène qui a été résolu dans les atomes irrelatifs, ou ex¬ 
pliquer ce phénomène en attribuant effectivement aux 
atomes le rôle auquel ils sont destinés comme principes 
de la réalité, donnée de l’expérience. Bien entendu, une 
propriété doit leur être ajoutée dans ce deuxième cas pour 
rendre possible un changement dans leur état primitif, 
c’est-à-dire pour permettre que dans l’absence de tout rap¬ 
port et dans l’absolue multiplicité qui leur sont propres, ils 
se rencontrent et s’entre-choquent. Le mouvement (effet
	        

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